Sites anti-IVG: une véritable stratégie de désinformation

Une femme au téléphone Dun can via Flickr CC License by

«Vous êtes enceinte, vous avez des questions? Ne restez pas seule!» Le site IVG.net est le premier lien proposé par Google lorsque le sigle «IVG» est entré dans le moteur de recherche. A côté de ce slogan suivit d'un numéro vert, une photographie représente trois jeunes femmes visiblement désespérées.

«Centre national d'écoute anonyme et gratuit.» Contrairement à ce qu'il tente de faire croire, ivg.net n'est pas un site officiel. Il est tenu par SOS Détresse, une association qui s'oppose à l'avortement. L'information qu'il délivre n'a rien d’indépendante.

Une journaliste du site Madmoizelle s'est fait passer pour une adolescente enceinte de 17 ans et a appelé le numéro vert de IVG.net. Tout au long de la conversation, l'écoutante de l'association tente de dissuader insidieusement la jeune femme d'avorter.

Ainsi, elle parle d'«un enfant» (en réalité, il s'agit d'un embryon, qui se transforme en fœtus au bout de sa huitième semaine) que l'on «supprime» ou que l'on «tue». Elle insiste sur les risques psychologiques d'un avortement: «Les effets de l’IVG peuvent se produire [...] parfois même 20 ans après», explique-t-elle. Elle raconte ensuite l'histoire d'une jeune femme qui a avorté:

«Au lieu d’être toute en joie à l’arrivée de son premier bébé, ce n’était plus possible pour elle. Elle n’arrivait plus à profiter de son bébé, à le porter, elle était complètement vidée du jour au lendemain.»

Si un risque psychologique existe, il n'est pas systématique, note Madmoizelle. Le blog, IVG, je vais bien, merci!, regroupe des témoignages de jeunes femmes ayant bien vécu leur avortement. Slate a également consacré un article à la culture du traumatisme post-avortement.

L'écoutante évoque également les risques physiques, soulignant un risque accru de fausse couche et de cancer:

«A la ménopause, vous avez beaucoup plus de chances, enfin, beaucoup, j’ai pas de chiffres à vous donner mais vous avez plus de chances qu’une autre, de faire un cancer du col de l’utérus ou un cancer du sein. […] Tout ce que vous allez faire à l’encontre de votre nature qui est d’avoir des enfants, de la spécificité de votre nature féminine, un jour où l’autre ça va se payer d’une autre façon.»

Marie-Pierre Martinet, secrétaire générale du Planning Familial interrogée par Madmoizelle, rappelle qu'aucune étude ne prouve l’augmentation du risque de cancer à la suite d'une IVG. Elle ajoute que l'IVG ne rend pas stérile:

«Un avortement de manière sûre et légale n’a jamais rendu stérile. Pour preuve, 4 femmes sur 10 sont concernées par l’IVG au cours de leur vie et la France a un des meilleurs taux de fécondité.»

A aucun moment l'écoutante n'ordonne à la journaliste de garder son enfant, note Madmoizelle. A chaque question ou argument de la journaliste, elle évoque toutes les solutions qui rendraient possible une naissance, allant jusqu'à évoquer le RSA, «une bonne petite somme qui vous arrive tous les mois et avec ça vous avez de quoi nourrir votre enfant». Le droit à l'IVG n'est pas contesté mais questionné, explique le site.

Interviewé par l'AFP, qui a mené une enquête sur les sites anti-avortement, Marie-Laure Brival, gynécologue et présidente de l'Association des centres d'interruption de grossesse (Ancic), explique que ces militants sont devenus beaucoup plus dangereux qu'autrefois.

«On avait cette image caricaturale des anti-IVG catholiques, brandissant une croix, s'enchaînant. La stratégie a complètement changé, elle est insidieuse donc encore plus redoutable.»

Les visiteuses du site IVG.net, 2.000 par jour selon sa responsable, indique l'AFP, sont pour certaines des jeunes femmes influençables. En ne présentant que les aspects négatifs de l'IVG, ces sites contribuent à rendre plus difficile l'accès à l'IVG.

Cet article a été mis à jour. Dans une version précédente, il parlait de SOS IVG au lieu de ivg.net. C'est une erreur de notre part et nous nous en excusons.

Photo: Une femme au téléphone Dun can via Flickr CC License by
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Publié le 01/03/2013
Mis à jour le 02/03/2013 à 16h53