Des chercheurs créent un «Internet des rats»

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C’est une première mondiale. Des chercheurs en neurosciences ont réussi à brancher entre eux les cerveaux de deux rats qui se trouvaient à des milliers de kilomètres l’un de l’autre. Le premier était aux Etats-Unis, en Caroline du Nord, le second au Brésil. Chacun dans sa cage, les deux rats ont été connectés cerveau à cerveau par l’intermédiaire d’électrodes reliées à leur cortex.

«Nous avons créé un nouveau système nerveux central fait de deux cerveaux», explique dans Nature le neurobiologiste Miguel Nicolelis de l’université Duke, à l'origine de la démarche. Selon Nicolelis, un spécialiste des interfaces cerveau-machine, il s'agit du premier pas vers un «ordinateur biologique» qui interconnecterait plusieurs êtres vivants pour résoudre des problèmes collectivement, poursuit le New York Times.

La question à laquelle l’équipe voulait répondre était de savoir si un signal électrique émis par un cerveau pouvait être décodé par un autre. Les deux rats qui ont servi de cobayes n’avaient donc pas le même rôle à jouer dans l’expérience. Le premier avait été entraîné à actionner le bon levier indiqué par une lumière dans le cadre d’un exercice, recevant de l’eau comme récompense. Le second rat, lui, n’avait pas été entraîné.

Or lorsqu’il a été «connecté» au cerveau de son alter-ego plus éduqué, les performances du rat «décodeur» sont passées de 50% à 64% de réussite. Et à mesure que les chercheurs mesuraient la plus grande concentration du rat «encodeur» (celui qui commendait l’action par impulsion électrique), le rat décodeur améliorait lui-même ses performances. 

Nicolelis a pour objectif de créer une interface entre une personne paralysée et un exosquelette, qui permettrait à l’handicapé de commander la machine pour frapper dans un ballon sur un stade lors de la cérémonie d’ouverture de la prochaine Coupe du monde de football. Sorte de Jean-Michel Jarre de la neuroscience, l’homme n’en est pas à sa première grande performance scientifique intercontinentale, puisqu’il a déjà réussi à faire actionner par le cerveau d’un singe aux Etats-Unis un bras mécanique qui se trouvait au Japon.

Des scénarios angoissants?

Tout cela est bien sympathique –excepté pour les deux pauvres rats-test– mais les neurosciences ne commencent-elles pas à s’attaquer à des projets inquiétants? Question qui est loin d’être théorique sachant que le laboratoire de Nicolelis a reçu 26 millions de dollars (près de 20 millions d'euros) de l’agence de recherches du Pentagone selon Reuters, et que la perspective d'armées de singes ou de rats interconnectés nous plongent dans des scénarios futuristes plutôt angoissants.

Si certains chercheurs sont sceptiques et mettent en avant les problèmes éthiques posés par ce type d’expérience, d’autres critiquent plutôt l'intérêt même de l'étude, jugeant qu'il s'agit là plus d'un coup spectaculaire que d'une réelle avancée.

Andrew B. Schwarz, neuroscientifique à l’université de Pittsburgh cité par le New York Times, qualifie de «très simplistes» les résultats, faisant remarquer que le rat décodeur n’a appuyé sur le bon levier que 7 fois sur 10 en moyenne, contre 5 sur 10 si seul le hasard avait joué.

Lee Miller, physiologiste à la Northwestern University (Illinois), reconnaît les apports de Nicolelis au champ de la neuroscience, mais juge pour autant sa dernière expérience du niveau d'«un mauvais scénario de film de science-fiction hollywoodien».

Photo: Hello/SMercury98 via Flickr CC License by
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Publié le 01/03/2013
Mis à jour le 01/03/2013 à 12h00