Monde

Mur de Berlin: l'East Side Gallery démoli pour des appartements de luxe?

Annabelle Georgen, mis à jour le 01.03.2013 à 11 h 53

Extrait d'East Side Gallery de Berlin, Bruderkuss de Dmitri Vrubel via Wikimedia Commons

Extrait d'East Side Gallery de Berlin, Bruderkuss de Dmitri Vrubel via Wikimedia Commons

L'une des attractions touristiques les plus populaires de Berlin est menacée d'être partiellement démolie. L'East Side Gallery est le plus long tronçon du Mur de Berlin encore debout. Et la plus grande galerie d'art à ciel ouvert.

Sur 1,3 km se succèdent de grandes fresques colorées, peintes à la Réunification par des artistes du monde entier –et entièrement rénovées en 2009 à l'occasion des 20 ans de la chute du Mur.

Bien que ce tronçon du Mur soit classé au patrimoine des monuments historiques depuis 1992, la mairie de Berlin a autorisé la percée de deux ouvertures de quelques mètres chacune afin de créer des accès directs à la rivière Spree, qui se trouve derrière. Les parties du Mur découpées devraient être exposées sur le côté.

La presse berlinoise s'inquiète de cette décision, jugée aberrante, à l'instar du quotidien Berliner Zeitung:

«Les habitants d'Athènes ont besoin d'argent. Mais seraient-ils prêts à reconvertir l'Acropole en centre commercial et retirer quelques colonnes antiques à l'avant pour donner accès aux camions de livraison? Même en Grèce, cela n'arriverait pas. Est-ce que François Hollande peindrait la Tour Eiffel en rouge criard si un sponsor dégageait du fric pour la France en plein déficit? Impensable. Est-ce que Berlin, la capitale et l'ancienne ville du Mur, serait prête à démolir morceau par morceau son monument le plus connu dans le monde à côté de la Porte de Brandebourg, l'East Side Gallery, parce que les constructeurs d'hôtels et d'appartements de luxe en émettent le souhait? Pas de problème!»

Selon l'explication officielle, ces percées doivent être réalisées en vue de la reconstruction prochaine du pont de Brommy, détruit lors de la Seconde Guerre mondiale, et qui sera accessible aux piétons et aux cyclistes. Mais les opposants à cette décision, comme l'explique le quotidien Der Tagesspiegel, y voient une tout autre raison:

«Du point de vue des opposants, la véritable raison pour laquelle le Mur doit être percé est le nouveau bâtiment de luxe “Living Levels”, une tour de 63 mètres de haut, qui doit être construite à cet endroit.»

Un grand hôtel devrait également être construit à côté de la tour, comme l'explique tv.berlin. Pour les opposants à cette décision, il ne fait pas de doute que la mairie de Berlin fait une fois de plus des courbettes aux investisseurs immobiliers à qui elle vend ses terrains un à un ces dernières années.

Les premiers morceaux du Mur auraient été retirés, selon le porte-parole de la Clubcommission, qui regroupe les gérants des boîtes de nuit de Berlin. Plusieurs clubs ayant été chassés des rives de la Spree ces dernières années pour laisser place à ce type de projets immobiliers luxueux, et d'autres étant à leur tour menacés d'expulsion, la Clubcommission a rejoint l'artiste Kani Alavi, qui préside l'association des artistes qui ont repeint l'East Side Gallery, pour protester contre cette décision. Comme le dénonce Sascha Disselkamp, gérant du Sage Club, interviewé par le Tagesspiegel:

«Ici il y avait des installations de tir automatique, des gens sont morts à cet endroit. Construire maintenant des appartements de luxe ici, c'est comme si l'on ouvrait une station-service sur l'île des musées

Annabelle Georgen
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