Monde

Un important prix de photojournalisme a-t-il été gagné par une photo mise en scène?

Pamela Duboc, mis à jour le 26.02.2013 à 15 h 19

Détail de la photo de Paolo Pellegrin (Magnum).

Détail de la photo de Paolo Pellegrin (Magnum).

Paolo Pellegrin, photographe de la prestigieuse agence Magnum, a été accusé par le site de critique d’images BagNewsNotes d’avoir déformé la réalité dans une photo prise à Rochester (New-York). Celle-ci fait partie d’une série intitulée The Crescent («le croissant»), du nom donné à un ensemble de quartiers de la ville réputé pour sa violence, qui a été distinguée dans plusieurs concours, dont le World Press Photo 2013 et le Pictures of the Year International. Le cliché lui-même a permis à Pellegrin de gagner le prix du photographe de l’année dans ce dernier concours.

Il est titré «The Crescent, Rochester, NY, USA — A former US Marine corps sniper with his weapon» («The Crescent, Rochester, Etat de New-York, USA – Un sniper vétéran du corps des Marines des Etats-Unis avec son arme»), mais Shane Keller, son sujet, n’a pas apprécié de se voir ainsi représenté. Il a expliqué à BagNewNotes qu’il n’a jamais été sniper mais photographe de combat.

Il a ajouté que son quartier était loin du Crescent et qu’il aurait «probablement pu ne pas verrouiller [ses] portes sans craindre que quelqu’un n’entre chez [lui] en [son] absence». Bien que l’arme qu’il tient sur la photo lui appartienne, Shane Keller trouve que «le portrait ne devrait pas faire partie de la série du tout. […] Je n’avais pas de rôle dans les homicides, la violence, la vente et l’usage de drogues ou la crise économique décrits par le reportage. Je ne sais pas si le but de cette image est de me donner l’air d’être un danger pour les autres ou d’être paranoïaque parce que je vivais dans un quartier dangereux, alors que je ne vivais pas dans un quartier dangereux.»

Par ailleurs, une partie des légendes accompagnant les photos sont directement tirées d'un article du New York Times datant de 2003.

Les réponses de Paolo Pellegrin à ces accusations sont citées par le site National Press Photographers et par le Lens Blog du New York Times. Le photographe invoque des manquements éditoriaux, précisant que les légendes n’auraient dû servir que de base pour que quelqu’un d’autre écrive le texte à publier. Il affirme par ailleurs avoir oublié le nom du sujet de la photo et s’être seulement souvenu qu’il s’agissait d’un vétéran:

«Je me souviens clairement que Shane s’était décrit comme un sniper. Il s’est peut-être mal exprimé; j’ai peut-être mal compris; ou il a peut-être utilisé le mot "sniper" d’une façon qui ne devait pas impliquer un ancien statut comme sniper du corps des Marines américain (il a parlé longtemps d’activités de sniper).»

Ces réponses ont été décortiquées par BagNewNotes, qui les trouve clairement inappropriées devant l’ampleur de la faute.

L’organisation POY, dont le directeur Rick Shaw est cité par National Press Photographers, considère qu’il faut faire confiance à l’intégrité des photojournalistes qui participent à ses concours. Elle «ne présumera pas qu’il y a eu un manquement à l'éthique et ne réexaminera aucun prix avant d’avoir reçu une déclaration du photographe et d’avoir examiné toutes les allégations».

Pamela Duboc
Pamela Duboc (60 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte