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Mille jours de prison sans procès pour avoir donné des informations à Wikileaks

Slate.fr, mis à jour le 24.02.2013 à 8 h 07

Bradley Manning à Fort Meade dans le Maryland, REUTERS/Jose Luis Magaua

Bradley Manning à Fort Meade dans le Maryland, REUTERS/Jose Luis Magaua

Samedi 23 février a marqué le 1000ème jour de détention du soldat Bradley Manning sur la base de Quantico en Virginie sans avoir été jugé. Cet analyste de l'armée américaine a été arrêté le 7 juillet 2010 et est soupçonné d'avoir transmis 260.000 câbles secrets diplomatiques et militaires à Wikileaks, une organisation controversée à but non lucratif dont la mission proclamée est de révéler les secrets d'Etat.

Bradley Manning est inculpé depuis le 23 février 2012 de huit chefs d’inculpation criminels et de quatre violations du règlement militaire allant du fait de porter le discrédit sur les forces armées américaines jusqu'à la «trahison» et «collusion avec l'ennemi». Il est passible de 52 ans de prison.

Il a passé ses huit premiers mois de détention en isolement et sous surveillance permanente. L’ONU a qualifié les conditions de détention de Bradley Manning de «traitement cruel, inhumain et dégradant».

Pour The Atlantic, ce qui est arrivé à Bradley Manning doit inciter à s'interroger sur la signification du secret à l'âge de l'information numérique. Certains voient Bradley Manning comme un criminel et un traître et d’autres, comme un dénonciateur, héros de la démocratie. «Quelle que soit l'opinion qu'on a du jeune soldat, il a mis en difficulté l'ensemble de l'appareil qui protége les secrets d'Etat. Il a téléchargé une parfaite tranche géologique de ce que nous ne savons pas et présenté l'information au monde… Ce qui est peut-être le plus incroyable c'est que le gouvernement américain n'a pas de vrai plan d'urgence ou de mécanisme de réponse pour faire face à une telle situation autre que de maltraiter sans honte un garçon inoffensif de 23 ans…», écrit The Atlantic.

Le magazine en ligne souligne que compte tenu du fait que pas moins de 2,4 millions de personnes ont accès aux Etats-Unis à des informations dites sensibles, c'est surprenant que des incidents comme celui de Bradley Manning ne se produisent pas tous les jours.

Il s'agit bien par ailleurs d'une affaire purement idéologique. Bradley Manning n'a pas fait cela pour de l'argent. Il n'a pas cherché à renverser la République américaine. Il n'était pas la victime d'un chantage. Il n'est pas un agent de l'étranger. Sa seule motivation était la transparence.

Et puis, si tout le monde s'attendait à trouver dans les câbles diplomatiques américains des horreurs insoutenables, des complots terribles, la déception a été grande.  La quasi totalité de ses documents montre que le Département d'Etat cherche tout simplement à faire ce qu'il dit et de façon plutôt honnête et à comprendre les situations et à agir de façon raisonnable. Cela révèle aussi que la plupart des secrets d'Etat n'en sont pas. Ce sont des informations banales sans intérêts qui n'ont de secret que le nom.

Finalement, ce qui pour The Atlantic est le plus accablant pour le gouvernement américain ne se trouve pas dans les câbles détenant de soi disant secrets diplomatiques et secrets d'Etat, mais dans la façon dont Bradley Manning est traité: «le non respect de la justice dans la façon dont les poursuites ont été menées, 1000 jours enchaîné pour un délit sans la moindre violence et sans même la dignité d'un procès mené par un jury…».

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