Les hommes des cavernes et du Moyen-Age avaient moins de caries que nous

Dentiste arrachant une dent. Enluminure du IVe siècle. British Library, domaine public.

Les bactéries ont mauvaise réputation. A tort, dans la majorité des cas. Nous hébergeons dans nos corps dix fois plus de bactéries que de nos propres cellules et nous avons tout intérêt à ce que, là aussi, la biodiversité fasse loi. Le bon équilibre et la diversité de cette flore sont en effet essentiels à la digestion, à la santé de la peau ou encore à celle de nos dents.

Le professeur Alan Cooper et son équipe de l’université d’Adélaïde, en Australie, sont allés chercher cette flore dans la plaque dentaire de 34 squelettes d’hommes préhistoriques européens. Bien conservé dans sa robe de tartre, l’ADN de ces bactéries compagnes de nos ancêtres a pu être analysé et révélé dans le journal Nature Genetics le 17 février 2013. C’est une première, car il est habituellement très difficile d’étudier à travers le temps les bactéries qui vivent avec nous, tant ces dernières se conservent mal après la mort.

Les chercheurs d’Adélaïde ont pu déterminer quelles espèces bactériennes vivaient dans la bouche de nos ancêtres, au Mésolithique (il y a 7.500 ans), au Néolithique (il y a 4.000 ans), à l’âge de Bronze (il y a 3.000 ans) et au Moyen-Age (il y a entre 1.100 et 400 ans). La comparaison de ces données avec celles de nos bouches modernes montre que les plus mal en point ne sont pas forcément ceux auxquels on pense.

On constate en fait que la bactérie responsable des caries, Streptococcus mutans, n’a véritablement commencé à envahir les bouches qu’après la Révolution industrielle, il y a 150 à 200 ans.

N’abandonnez pas pour autant tous vos a priori sur l’hygiène bucco-dentaire du Moyen-Age. En fait, dès la systématisation de l’agriculture au Néolithique et la transition vers un régime alimentaire riche en céréales domestiques, nos ancêtres ont commencé à souffrir de maux de dents. Seulement, le pathogène principal dans leurs bouches était plutôt Porphyromonas gingivalis, responsable des gingivites et parodontites, inflammations qui peuvent mener à la perte des dents. Dans l’histoire de l’humanité, il semblerait que seuls les chasseurs-cueilleurs du Mésolithique aient été (presque) exempts de problèmes dentaires.

Le problème principal dans les bouches modernes, comme dans tout écosystème, semble être le manque de diversité. Cité sur le blog scientifique io9, le Pr. Alan Cooper appuie l’importance de cette biodiversité bactérienne:

«La composition en bactéries buccales a grandement changé avec l’introduction de l’agriculture, puis, à nouveau il y a 150 ans. L’arrivée des sucres et farines raffinés à la Révolution industrielle a été accompagnée d’une chute spectaculaire de la diversité de la flore bactérienne buccale, ce qui laisse la place à la domination par des souches bactériennes responsables de caries. La bouche moderne se trouve en gros dans un état de maladie permanent.»