Le débat sur la pilule s'invite en Allemagne, dans le fief de Bayer

Une plaquette de pilules (4e génération) / Gnarls Monkey via FlickrCC Licence by

Jusqu'à présent, le débat sur la dangerosité des pilules de troisième et quatrième génération initié en France depuis plusieurs semaines n'avait été que peu relayé par la presse allemande. Mais avec l'annonce cette semaine du retrait de la «pilule» Diane® 35 du marché français dans trois mois, plusieurs articles se penchent sur les risques liés à ces pilules.

Le fait que cet anti-acnéique à effet contraceptif, prescrit en France depuis 25 ans, est produit par le laboratoire allemand Bayer n'y est certainement pas étranger. C'est également lui qui produit Meliane, la pilule que prenait Marion Larat à l'époque elle a été victime d'un AVC.

Tout comme en France, les risques liés à ces pilules sont connus depuis longtemps par les autorités sanitaires. Comme le rapporte le quotidien bavarois Süddeutsche Zeitung, l'Institut fédéral des médicaments et des produits médicaux (BFARM) avait déjà émis des recommandations à ce sujet fin 2011:

«De notre point de vue, le risque de thrombo-embolie veineuse sous contraceptifs oraux combinés devrait de plus en plus être pris en considération et pris en compte dans le choix d'une préparation pharmaceutique adaptée, en particulier lors d'une première prescription et chez les jeunes patientes.»

Ce qui n'a pas empêché les gynécologues allemands de continuer à prescrire massivement des pilules de troisième et quatrième génération à leurs patientes, comme le souligne l'hebdomadaire Die Zeit:

«Les pilules (...) comme Jasmine, Yaz et Valette font partie des médicaments qui dégagent le plus de chiffre d'affaires. Selon le rapport de santé 2011 de la caisse d'assurance maladie Barmer, la moitié des 20 préparations les plus vendues en Allemagne contiennent “des nouveaux progestagènes avec un rapport bénéfices risques défavorable”. Les médecins, comme il est écrit dans cette publication, ne doivent pas céder aux “sirènes du marketing” des entreprises comme Bayer.»

Le Süddeutsche Zeitung rapporte également le cas de Felicitas Rohrer, une étudiante vétérinaire victime d'une double embolie pulmonaire en 2009 qui lui a laissé de lourdes séquelles qui l'empêchent de poursuivre ses études. Elle prenait une pilule contenant de la drospirénone, l'hormone utilisée dans les pilules de 4e génération comme Yaz, Jasmine et Jasminelle. Elle a elle aussi porté plainte contre le fabricant, là encore, Bayer, et demandé 200.000 euros de réparations. La procédure est toujours en cours.

Le laboratoire, lui, se mure dans le silence. Comme l'explique Philipp Mimkes de CBGnetwork (réseau de coordination contre les méfaits de Bayer):

«On ne peut compter sur une attitude volontairement conciliante de la part de Bayer, tant que les indemnités resteront en-deçà des bénéfices des ventes.»