Monde

L'Allemagne n'en a pas fini avec Hitler

Annabelle Georgen, mis à jour le 04.02.2013 à 9 h 53

Adolf Hitler (Munich, 1931) Recuerdos de Pandora via Flickr CC License by.

Adolf Hitler (Munich, 1931) Recuerdos de Pandora via Flickr CC License by.

À l'occasion du 80ème anniversaire de l'élection d'Adolf Hitler à la chancellerie du Reich, le 30 janvier 1933, l'historien allemand Thomas Weber a publié une tribune dans le quotidien conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung dans laquelle il a reproché à ses confrères de se complaire dans un folklore agaçant et obscurantiste au sujet d'Hitler.

Selon lui, de nombreuses questions centrales concernant le fondateur du nazisme restent toujours sans réponse, faute d'analyses sérieuses:

« L'image que les Allemands se font d'Hitler en 2013 fait penser au livre pour enfants du Britannique Martin Handford Où est Charlie? Tout comme il faut trouver Charlie qui, vêtu d'un pull à rayures rouges et blanches et d'un bonnet à pompon, est à moitié caché, Hitler apparaît n'importe où et n'importe comment en marge de chaque film qui se joue dans le passé ou en tant que sujet de discussion dans les débats télévisés.

Mais ce qu'il fait là, on ne le sait souvent pas vraiment. 80 ans après sa prise de pouvoir, Hitler est tout autant omniprésent que sinistre. Hitler n'est, et ce peut-être de façon involontaire, plus pris au sérieux. […]

Depuis les années 1990, Hitler est devenu un second rôle de la vie publique, dont la signification reste obscure, et un legs au sujet duquel plus personne n'a quoi que ce soit à dire. En tant qu'acteur historique, il ne nous intéresse plus en tout cas, on ne parle plus de lui en ces termes.»

Weber déplore que la plupart des recherches menées sur Hitler ces vingt dernières années l'ont été soit par des non-scientifiques, soit par des chercheurs étrangers, en particulier anglais ou américains. De son point de vue, la principale raison qui explique cette absence de véritable intérêt pour Hitler en Allemagne résiderait encore et toujours dans «la peur répandue parmi les historiens, les politiques et les journalistes de donner l'impression de s'auto-dénigrer en mettant fortement l'accent sur Hitler».

L'Allemagne a donc encore des comptes à régler avec ce legs embarrassant qu'est Hitler, mais aussi avec un héritage bien plus concret: le butin nazi, sur lequel Der Spiegel faisait sa une la semaine dernière. Selon les informations de l'hebdomadaire, une grande partie des milliers d'oeuvres d'art, de bijoux, de meubles et d'objets précieux confisqués par les nazis sous le IIIème Reich, plutôt que d'avoir été restitués à leurs propriétaires ou à leurs ayant droits à la fin de la Seconde Guerre mondiale, sont toujours conservés dans les musées allemands, voire même dans les bâtiments officiels, à l'instar d'un tapis persan issu de la collection du nazi Hermann Göring qui se trouve actuellement au siège de Bonn de la chancellerie allemande.

Visiblement embarrassé, le gouvernement allemand a fait savoir le 31 janvier que ledit tapis serait retiré cette semaine et confié à un service sous la tutelle du ministère des Finances, qui sera chargé de retrouver ses ayant droits.

Annabelle Georgen
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