Monde

Berlin pourrait devenir la «Grèce» de l'Allemagne

Annabelle Georgen, mis à jour le 03.02.2013 à 10 h 15

Installation de Sasha Weidner dans Berlin. REUTERS/Thomas Peter

Installation de Sasha Weidner dans Berlin. REUTERS/Thomas Peter

Les deux Länder allemands les plus riches, la Hesse et la Bavière, en ont assez de payer pour les plus pauvres.

D'après des informations obtenues par le quotidien bavarois Süddeutsche Zeitung, les deux Länder devraient déposer la semaine prochaine une plainte commune contre le Finanzausgleich, le système de péréquation financière prévalant aujourd'hui en Allemagne, qui permet aux régions les plus pauvres d'être subventionnées par les plus riches.

Si cette action en justice venait à aboutir, ses conséquences prendraient l'allure d'un scénario-catastrophe pour Berlin, s'inquiète le quotidien Die Welt:

«La capitale serait alors en quelque sorte la Grèce de l'Allemagne –et serait contrainte d'assainir son budget en procédant à d'énormes coupes. Les opéras et les théâtres fermeraient leurs portes, les employés municipaux seraient licenciés. Des frais d'inscription seraient exigés à l'université, les places gratuites dans les Kita [abréviation de Kindergarten, équivalent de l'école maternelle en Allemagne, NDLR] seraient obsolètes. Berlin ne serait plus pauvre mais sexy, comme Wowereit [le maire actuel de Berlin, NDLR] le pensait jadis. Mais dans un premier temps seulement pauvre.»

Car la capitale allemande est aujourd'hui la principale bénéficiaire de ce système: depuis 1990, Berlin a reçu plus de 45 milliards d'euros de subventions de la part des cinq Länder les plus riches, comme le montre l'infographie qui accompagne l'article du Süddeutsche Zeitung. Dans le même temps, la Hesse et la Bavière ont versé près de 40 milliards d'euros. Rien qu'en 2012, Berlin a reçu 3,3 milliards d'euros via ce fond de solidarité entre les Länder, approvisionné cette même année à hauteur de 7,9 milliards par le trio de tête formé par la Hesse, la Bavière et le Bade-Wurtemberg.

En plus de ne pas disposer d'un marché de l'emploi dynamique, Berlin croule sous les dettes –2,3 milliards d'euros à rembourser cette année– et près d'un cinquième de son budget est rongé par les aides sociales, la capitale allemande accusant un taux de chômage de 11,8%.

Ce ras-le-bol n'est pas étranger au scandale qui entoure depuis des mois le nouvel aéroport berlinois Willy Brandt, qui aurait dû ouvrir ses portes en juin 2012 et dont l'ouverture n'a depuis cessé d'être repoussée en raison d'importants retards dans le chantier, et dont le budget est grimpé dans le même temps de 3 à 4,3 milliards d'euros. Comme l'a déclaré ce week-end Markus Söder, le ministre des Finances de la Bavière:

«Il n'est pas concevable que la Bavière et la Hesse subventionnent la politique défaillante de Berlin et doivent finir par payer les demandes de dédommagements liées au désastre de l'aéroport de Klaus Wowereit.»

Annabelle Georgen
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