L'aventure du Perlon, le nylon nazi

A l'occasion du 75e anniversaire de l'invention du Perlon, une fibre synthétique qui aujourd'hui encore continue d'habiller les jambes des femmes, l'hebdomadaire allemand Die Zeit revient sur les débuts de l'histoire du concurrent historique de l'américain Nylon –qui au passage ne signifie pas «Now You're Lost Old Nippons», comme le voudrait une légende urbaine répandue sur le web.

Cherchant à élaborer un procédé chimique analogue à celui qui permet d'obtenir du nylon, dont la formule a été brevetée en 1935, le chimiste allemand Paul Schlack s'inspire des travaux de son inventeur Wallace Hume Carothers, et met au point trois ans plus tard un matériau similaire, à partir d'une substance présente dans le goudron de houille:

«Schlack choisit une substance de départ qui avait été rejetée par Carothers, la molécule caprolactame, dont la structure a la forme d'un cercle. Comme il n'est pas possible de se procurer des outils métalliques dans le Reich allemand aux mains nazis, qui se prépare à faire la guerre, Schlack s'accommode d'une marmite conçue pour la restauration. […] Quand la température atteint 240°C, l'eau brise la molécule, transformant sa structure en forme de cercle en chaînes de centaines de molécules. […] On peut faire fondre le matériau [obtenu], qui s'apparente à de la corne, et sa composition moléculaire permet de tirer d'innombrables fils.»

Mais les circonstances de l'époque empêchent le Perlon de mettre à mal le monopole du nylon dans l'industrie textile, comme l'explique le quotidien Die Welt:

«Certes, les tout premiers bas ont commencé à être fabriqués six mois plus tard. Mais le fil Perlon, qui est bien moins cher que les collants en soie artificielle, sert bientôt les intérêts de la guerre. Il est utilisé pour fabriquer des chambres à air qui permettent de renforcer les pneus des avions, des cordes pour les parachutes ou des brosses qui servent à nettoyer les armes.»

Il faudra attendre les années 1950 pour que les bas en Perlon soient à nouveau fabriqués. Ils remportèrent immédiatement un vif succès auprès des femmes –d'après un article paru dans Die Zeit en 1953, 85% des 48 millions paires de bas confectionnées en Allemagne à cette époque étaient tissées en Perlon– mais aussi auprès des hommes, comme s'en amuse cette délicieuse réclame publicitaire de l'époque, façon cartoon, pour les bas en Perlon Baumhüter.