Allemagne: polémique après le dérapage sexiste du chef du parti libéral

Rainer Brüderle (2004) via Wikipedia, License CC

Ces quelques minutes auraient pu rester «off», comme on dit dans le jargon journalistique. La journaliste allemande Laura Himmelreich, correspondante politique à Berlin de l'hebdomadaire hambourgeois Stern, a d'abord choisi de garder le silence. Un an après avoir dû repousser les avances de Rainer Brüderle, président du groupe FDP (libéraux) au Bundestag, lors d'une interview, elle a finalement décidé de raconter la façon dont le candidat du FDP aux élections fédérales de septembre prochain s'est comporté avec elle:

«Le regard de Brüderle se pose sur mes seins. "Vous pouvez bien remplir une Dirndl [1]." Au cours de notre entretien, il attrape ma main et l'embrasse. "J'aimerais que vous m'inscriviez sur votre carnet de bal". "Monsieur Brüderle", dis-je, "vous êtes un homme politique, je suis journaliste." "Mais les hommes politiques font fondre toutes les journalistes", dit-il. Je dis: "Je trouve qu'il est mieux que nous nous comportions ici de façon professionnelle." "Au final nous ne sommes tous que des humains."»

La publication de ce passage dans le portrait de Rainer Brüderle qu'a écrit Laura Himmelreich a provoqué une vague de réactions à la fois dans la presse et au sein de la sphère politique, mais aussi sur Twitter, où des dizaines d'Allemandes s'expriment sur le sexisme au quotidien sous le hashtag (oups, mot-dièse!) #aufschrei (cri), rejointes ces dernières heures par des anglophones (#outcry en anglais) et même des francophones.

Au-delà de l'attitude de Rainer Brüderle, c'est bien sûr la question du sexisme dans la sphère politique qui est posée. Comme l'explique la député au Bundestag Elke Ferner (SPD) – qui est également à la tête d'un groupe de travail qui veille au respect de l'égalité des sexes au sein du parti – dans une interview au quotidien de gauche Die Tageszeitung, cette affaire lève le voile sur un milieu toujours empreint de machisme:

«C'était vraiment pire il y a 20 ans. Le dénigrement fonctionne aujourd'hui d'une façon plus subtile. Comme quand le niveau sonore augmente lors d'une session plénière quand c'est une femme qui monte à la tribune ou quand des députés font des apartés qui n'ont rien à voir avec la situation. Le sexisme ne s'exprime plus d'une manière si ouverte au Parlement, car chacun sait que ce n'est pas politiquement correct

Soucieuse de ne pas attiser les tensions au sein de sa coalition noire-jaune (CDU/CSU-FDP) à l'approche des élections fédérales, Angela Merkel ne s'est pas exprimée directement sur ce sujet mais par l'intermédiaire d'un de ses porte-paroles, comme le rapporte Der Spiegel:

«La chancelière défend évidemment un contact humain professionnel et respectueux en politique, tout comme entre politiciens et représentants des médias

Le FDP, quant à lui, a pris la défense de son candidat, le chef du parti Philipp Rösler accusant Stern de publier cet article à dessein peu avant les élections, comme le rapporte le Spiegel:

«Je n'étais pas présent lors de ces prétendus faits. Mais il me semble que Stern est en train d'essayer de jeter une pelletée de saletés sur le candidat libéral, avec l'espoir que cela laisse des traces. C'est du journalisme sous la ceinture

[1] Comme nous vous l'expliquions récemment sur Slate.fr, la Dirndl est cette robe folklorique très décolletée que portent les Bavaroises.