Monde

Un casse spectaculaire «à la Spaggiari» tient les Allemands en haleine

Annabelle Georgen, mis à jour le 23.01.2013 à 16 h 25

la Berliner Volksbank après le cambriolage, le 17 janvier 2013. REUTERS/Fabrizio Bensch.

la Berliner Volksbank après le cambriolage, le 17 janvier 2013. REUTERS/Fabrizio Bensch.

Incroyable mais vrai: des malfaiteurs ont réussi à s'introduire à la mi-janvier dans la salle des coffres d'un établissement de la Volksbank, à Berlin, en creusant un tunnel de 45 mètres de long. Un scénario qui n'est pas sans rappeler le casse légendaire de la Société Générale à Nice le 16 juillet 1976 (l'affaire Spaggiari), grâce à un tunnel creusé dans les égouts de la ville.

Après avoir vidé 309 des 1.600 coffres-forts de la Volksbank de leur contenu, les malfaiteurs ont incendié les lieux et sont partis sans laisser de traces. Ou presque. Car même si la police allemande est toujours à leurs trousses et n'est pas encore parvenue à déterminer leur identité, elle a recueilli environ 170 indices dans le tunnel, parmi lesquels des empreintes ADN, rapporte le quotidien local Berliner Zeitung.

Le montant du butin n'a pas encore été estimé, la Volksbank devant demander à chaque client lésé de déclarer la valeur des biens qui ont été dérobés.

Les recherches menées auprès de la banque ont par ailleurs permis de déterminer qu'un des voleurs possédait lui-même un coffre-fort —vide— dans la salle des coffres, loué sous une fausse identité. À ce jour, le portrait-robot d'un seul suspect a pu être établi grâce aux témoignages des usagers d'un parking souterrain situé non loin de la banque, sur lequel débouche le tunnel.

Comme l'explique le quotidien Die Welt, c'est là que les cambrioleurs, qui louaient une place de parking depuis février 2012 sous une fausse identité, ont creusé un tunnel pendant des mois, dans le plus grand secret :

«Il s'agit d'une place de parking séparée, qui est fermée par un rideau métallique. C'est visiblement grâce à ça que personne n'a remarqué les travaux de creusage. La terre déblayée a probablement été chargée sur place dans un véhicule et évacuée sans que cela se remarque.

Ce qui a aussi été favorable aux cambrioleurs, c'est que le bâtiment de la banque est un immeuble isolé, ce qui fait que personne n'a pu entendre de bruit ou sentir les vibrations dans le sol causées par les machines à creuser pendant la nuit ou le week-end.»

Les policiers n'en ont pas cru leurs yeux en découvrant le tunnel de 45 m de long et de 1,5 m de hauteur, qui a été construit avec un professionnalisme époustouflant et renforcé par des plaques de bois. Le millier d'équerres en bois qu'ils ont utilisées pour sécuriser le tunnel constituent d'ailleurs un indice d'importance, puisque d'après la police, ce modèle n'est en vente dans aucun magasin de bricolage allemand.

D'après des informations du quotidien BZ, le musée de la police de Berlin, la Polizeihistorische Sammlung, souhaiterait même acquérir une partie du tunnel pour enrichir sa collection.

Le coup de maître réalisé par les malfaiteurs leur attire la sympathie de nombreux Allemands, comme le rapporte le Berliner Zeitung, qui met en garde ses lecteurs contre l'admiration de ces «faux héros»:

«Nous avons reçu des courriers de lecteurs qui félicitent les voleurs pour leur ouvrage, qui ne serait pas monnaie courante à Berlin. Un lecteur fait référence à Brecht, qui écrit que l'ouverture d'une banque est plus criminelle qu'un braquage de cette même banque. Et il a souhaité aux coupables de bien profiter de cet argent gagné honnêtement: "Personne n'a été lésé."

Lundi, les premiers clients de la banque ont appris ce qui leur avait été pris. Très peu d'entre eux possédaient des richesses illégales. Beaucoup d'entre eux conservaient des choses qui avaient très peu de valeur matérielle mais une grande valeur sentimentale: les médailles de baptême, les décorations, la montre du grand-père, le livret foncier. Les vieilles lettres de l'époux décédé. Une partie des documents a brûlé, parce que les coupables, dans leur grande finesse tant louée, y ont mis le feu pour éviter de laisser des traces.»

Annabelle Georgen
Annabelle Georgen (343 articles)
Journaliste
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