France

Les malades du sida et les hépatiques auront droit à la thanatopraxie après leur mort

Jean-Yves Nau, mis à jour le 22.01.2013 à 10 h 10

Une momie égyptienne (British Museum) via Wikimedia Commons

Une momie égyptienne (British Museum) via Wikimedia Commons

Des «soins de conservation des corps» pourront bientôt être pratiqués après la mort des personnes infectées par les virus du sida ou des hépatites B et C. Ces soins spécialisés ont notamment pour but de suspendre (pour une durée de deux à trois semaines, à température ambiante) le processus de décomposition et notamment de retarder l’inhumation. Il s’agit aujourd’hui d’une pratique qui connaît un succès croissant avec environ 200.000 actes annuels réalisés par un millier de thanatopracteurs.

L’information vient d’être rendue publique, via le site du HCSP dans avis très détaillé [PDF] qui est assorti d’un rapport.

Cette institution en charge de conseiller le gouvernement sur les questions sanitaires se dit désormais «favorable sous conditions» aux soins de thanatopraxie, et ce même quant il existe un risque potentiel de contamination par les thanatopracteurs. Le HCSP préconise notamment que «les actes soient réalisés exclusivement dans des locaux dédiés, spécifiques, et dans des conditions qui permettent de réduire les risques». 

Ceci exclut, entre autres lieux, le domicile des personnes décédées et certaines maisons de retraite.

Différentes associations (Act UpAidesÉlus locaux contre le sidaUNALSSidactionSOS hépatites) réclamaient la levée de l’interdiction  depuis plusieurs années. Il en allait de même du Conseil national du sida (CNS).

L’interdiction était fondée sur un avis du même HCSP datant de 2009. «Dans un contexte où le risque d’accidents d’exposition liée au sang et aux liquides biologiques n’est pas négligeable (drainage veineux, évacuation des liquides et des gaz), la thanatopraxie, contrairement à des pratiques réalisées en milieu médical, ne permet pas aujourd'hui de respecter les règles d’hygiène universelles», expliquait alors cette institution.

Cette interdiction se fondait d’un point de vue réglementaire sur l’arrêté du 20 juillet 1998 relatif aux maladies contagieuses portant interdiction de certaines opérations funéraires, parmi lesquelles le VIH et les hépatites virales. Ce texte prévoit que ne peut être délivrée une autorisation de pratiquer des soins de conservation sur le corps des personnes décédées d'hépatite virale, de rage, d'infection à VIH, de maladie de Creutzfeldt-Jakob et plus généralement de tout état septique grave, sur prescription du médecin traitant.

Ces dispositions ne font toutefois pas obstacle à la pratique des autopsies à visée scientifique, ces dernières devant toutefois «respecter les précautions universelles qui s'imposent afin d'éviter toute contamination du personnel ou de l'environnement».

En janvier 2012 la Direction générale de la santé estimait déjà qu'il était possible d’autoriser les actes de conservation invasive des corps des personnes atteintes de pathologies infectieuses (comme l’infection à VIH) à condition toutefois de mieux encadrer ces pratiques et de développer les règles d’hygiène et de précaution universelles.

C’est la position qui est désormais adoptée par le HCSP. Elle pourra entrer en pratique après sa confirmation par Marisol Touraine, ministre de la Santé (et donc la modification de l'arrêté du 20 juillet 1998). On estime ainsi qu’environ 90.000, 155.000 et 29.000 sujets sont aujourd’hui en France des porteurs chroniques méconnus respectivement du virus de l’hépatite C (VHC), du virus de l’hépatite B (VHB) et du VIH. Leur statut de personnes potentiellement contagieuses est toutefois généralement établi avant leur mort du fait de l’évolution de leur infection.

J.-Y. N.

Jean-Yves Nau
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Journaliste
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