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Murnau, le camp témoin modèle créé par les nazis pour la Croix rouge

Célésia Barry, mis à jour le 21.01.2013 à 12 h 13

Les prisonniers s'occupent en jouant des pièces de théâtre

Les prisonniers s'occupent en jouant des pièces de théâtre

La photographie semble avoir été prise dans un théâtre. Sur scène, trois couples dansent, un quatrième s'est séparé. Les cavaliers sont des officiers, leurs bottes brillent. Une femme minaude. Tous sourient.

A mieux y regarder, les personnages féminins sont joués par des hommes. Ce ne sont pas des acteurs, mais des détenus du camp de Murnau, dans la province de Bayern, au sud de l'Allemagne. Entre 1939 et 1945, 5.000 officiers, la plupart polonais, y furent détenus.

Alors qu'il se promenait près de chez lui, dans le sud de la France, Olivier Rempfer découvre une boîte remplie de négatifs. A l'intérieur, trois cents photographies en noir et blanc racontent la vie des prisonniers du camp de Murnau, pendant la Seconde Guerre mondiale.

Les photographies se séparent en trois parties: la vie dans le camp de Murnau, la Libération par les troupes américaines et la traversée des pays du nord et des villes détruites.

Olivier Rempfer et son père Alain ont d'abord pensé à offrir ces clichés à un musée, avant de se raviser et de les publier sur Internet, où ils ont jugé qu'ils toucheraient plus de monde. Avec l'aide des internautes, ils ont travaillé à l'identification des lieux et des personnes.

Ce témoignage visuel est très éloigné de ceux des rescapés des camps de concentration. Et pour cause, note Der Spiegel, Murnau détenait les prisonniers des plus hauts rangs. Il faisait partie des «camps modèles» nazis, régulièrement inspectés par la Croix Rouge Internationale.

«Les prisonniers étaient bien traités, en tout cas aussi bien qu'il était possible vu les circonstances, explique Marion Hruschka, présidente de l'association historique de Murnau, à Der Spiegel. L'intention des nazis était de donner l'impression qu'ils respectaient la loi internationale et les conventions de Genève.»

Les détenus de Murnau sont une exception. La plupart des prisonniers étaient exécutés et les officiers polonais juifs étaient emprisonnés dans un ghetto.

L'origine des photographies, raconte Der Spiegel, est difficile à déterminer. Elles ont probablement été prises par un ou plusieurs officiers détenus à Murnau. Après la traversée des pays du Nord, l'un d'entre eux se serait installé en France, emportant avec lui les négatifs.

Célésia Barry
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