Culture

Grenade aura bientôt une place Joe-Strummer

Temps de lecture : 2 min

Joe Strummer / Masao Nakagami via Wikimedia Commons.
Joe Strummer / Masao Nakagami via Wikimedia Commons.

Vous êtes fan du Clash? Si vous passez par Grenade, en Espagne, dans quelques mois, n’oubliez pas de faire un détour par la place Joe-Strummer, ou plutôt la «Plaza de Joe Strummer».

BBC News nous apprend en effet qu’une place de la ville d'Andalousie va être renommée en l’honneur du chanteur disparu fin 2002, après une pétition de quelque 2.500 fans sur Facebook, fortement soutenue par le quotidien local Ideal. «Le projet devrait être approuvé en février par la mairie», a indiqué mercredi à l'AFP un responsable de la municipalité, qui a précisé que la place en question se situe à quelques centaines de mètres de l’Alhambra.

Ideal décrivait dans son édition de vendredi le lieu retenu pour honorer la mémoire de Strummer:

«Il compte, dans sa partie inférieure, une fontaine en pierre avec ses tuyaux et, dans sa partie supérieure, un espace terreux bordé de deux rangées de pins luxuriants. On peut s’y asseoir pour contempler la majestueuse Sierra Nevada, qui s’élève dans un paysage calme et magnifique. Ce bon vieux Joe aurait aimé y venir avec sa guitare pour faire une sieste.»

La section locale du parti socialiste (PSOE) a estimé que la musique de Strummer reflétait «l’atmosphère de jeunesse, de rébellion, nocturne et rock» de Grenade. Et pour cause, puisque le morceau Spanish Bombs, sur London Calling (1979), citait Grenade et le poète Federico Garcia Lorca, fusillé non loin en 1936 par les franquistes:

«Spanish songs in Andalucia
The shooting sites in the days of '39
Oh, please, leave the vendanna open
Federico Lorca is dead and gone

[...]

Spanish songs in Granada, oh ma corazón»

Strummer était par ailleurs attaché à la ville: BBC News explique qu’il s’y est rendu pour la première fois dans les années 70 avec sa petite amie espagnole Paloma Romero, future membre des Slits et des Raincoats sous le nom Palmolive, et qu’il a ensuite sympathisé avec le groupe local 091, dont il a produit un disque.

Le Guardian raconte que Strummer s'était réfugié à Grenade avec le bassiste du Clash, Paul Simonon, après l’éviction du groupe du guitariste Mick Jones en 1983. «Entre 1984 et 1986, Joe Strummer était à un carrefour de sa vie. Il s’est alors réfugié à Grenade pour échapper à ce qui se passait à Londres», explique à El Pais le réalisateur Nick Hall, auteur du récent documentaire I Need a Dodge! Joe Strummer on the run.

Dans une chronique publiée par le Guardian, le journaliste David McKie tire prétexte de cette distinction accordée par Grenade à Strummer pour déplorer que le Royaume-Uni ne reconnaisse pas assez les artistes par des noms de rues:

«J’ai échoué à trouver une seule rue à Londres, sans même parler d’une place, au nom d’un musicien espagnol. Pas d’avenue Albéniz, pas de ruelle Manuel de Falla, pas de jardin Granados; je n’ai pu repérer aucun hommage à un musicien espagnol populaire, pas même Julio Iglesias. Mais nous ne sommes pas non plus exactement enclins à honorer nos propres musiciens.»

Jean-Marie Pottier Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).

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