A Fukushima, la peur et le stress des radiations rendent malades

Des réfugiés dans un camp d'évacuation après la catastrophe de Fukushima. Crédit : KYODO Kyodo/Reuters

Et si le problème de Fukushima ne concernait pas tant les effets physiques des radiations qui ont émané de la centrale que la peur et le stress qu’ils engrangent?

Une étude sanitaire, relayée par le site Nature, réalisée auprès des réfugiés de Fukushima démontre en effet que si les risques de cancers dus à l’exposition aux radiations demeurent incertains, la peur et l’anxiété qu’elles procurent ne sont pas anodines.

Tomoko Matsumoto est infirmière dans le village de Katsurao, proche de Fukushima, où elle s'occupe de réfugiés. Interrogée par le quotidien allemand Der Spiegel, elle confirme cette peur grandissante qui touche surtout les mères de famille:

«Elles ont toutes peur que leurs enfants développent un cancer de la thyroïde ou une leucémie.»

En janvier 2012, des chercheurs ont ainsi envoyé un questionnaire à 210.000 réfugiés de la catastrophe afin de sonder leurs taux d’anxiété et de stress. Les résultats sont frappants. Selon Yuriko Suzuki, psychiatre à l’Institut national de la santé mental à Tokyo, plus de 91.000 répondants présenteraient un taux «assez élevé» d’anxiété. Environ 15% des adultes ont même montré des signes de stress extrême et une personne sur cinq développe des signes de traumatisme mental, soit un taux comparable à celui des premières personnes interrogées juste après le 11 septembre 2001. Une enquête menée sur les enfants a démontré que les niveaux de stress dont ils souffraient représentaient le double de la moyenne japonaise.

Au total, ce sont près de deux millions de personnes qui devront être observées sur trente ans, notait Der Spiegel en mars 2012. Une étude au coût exhorbitant pour le gouvernement, et des milliers de données à analyser.

Kenichi Togawa occupait le poste d’ingénieur en maintenance à la centrale, explique Nature. Le 11 mars 2011 à 14h46, sa vie s’est arrêtée. Réfugié comme des milliers de personnes dans la zone d’évacuation, il y a passé près de deux ans. S’il a été relogé temporairement dans un trois pièce de 30 mètres carrés avec sa femme et ses trois enfants, ses conditions de vie se détériorent de jour en jour, explique Nature. Agé de 39 ans, il passe désormais trois heures chaque soir à jouer aux jeux vidéo tout en buvant du Shochu, une liqueur japonaise.

Yuka, sa femme, est infirmière. Sujette à des crises de colère en public, fait inhabituel pour les femmes japonaises dans une région très conservatrice, elle ne parvient pas à imaginer sa vie sur le long terme. «C’est comme si on flottait dans l’air», remarque-t-elle.

Cette «radiophobie», comme elle l'appelle, demeure un problème majeur pour tous les réfugiés et les Japonais dans leur ensemble. En témoigne cette étude menée en 2012 et dont les résultats sont révélateurs: 76% des Japonais estiment en effet que la nourriture de Fukushima n’est pas sûre, alors même que le gouvernement et de nouvelles études prétendent le contraire.

Si la situation s’est désormais arrangée pour la famille Togawa, elle ne devrait pas quitter son logement provisoire avant 2014. «Mais là encore, rien n’est clair», confie-t-elle.

Photo: Des réfugiés dans un camp d'évacuation après la catastrophe de Fukushima. Crédit : KYODO Kyodo/Reuters
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Publié le 18/01/2013
Mis à jour le 18/01/2013 à 12h34