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Les articles pour comprendre la guerre de la France au Mali

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 17.01.2013 à 15 h 57

Arrivée d'hélicoptères de l'armée française sur une base aérienne de Bamako, le 16 janvier 2013. Joe Penney / Reuters

Arrivée d'hélicoptères de l'armée française sur une base aérienne de Bamako, le 16 janvier 2013. Joe Penney / Reuters

Alors que près de 1.400 soldats français sont engagés au sol au Mali, poursuivant une offensive aux côtés de l'armée malienne visant à arrêter la progression des islamistes du nord, le point sur la situation et les analyses des journaux en ligne à travers cinq liens sélectionnés par Slate.

1. Les questions clé: un guide de l’intervention française et de la situation au Mali

Pour une vue générale du conflit, on commencera par lire «Mali, a guide to conflict» publié par le Guardian, qui propose au lecteur un passage en revue des douze points clé pour comprendre ce qui se joue en ce moment. Ainsi la situation en un coup d’oeil se résume de la sorte:

«La France a lancé la semaine dernière des frappes aériennes contre les bases islamistes et les forces mobiles au Mali, son ancienne colonie, pour stopper l’offensive des rebelles et sauvegarder l’existence du Mali. Le président François Hollande a annoncé que la France avait l’intention de détruire les islamistes ou d’en arrêter le plus possible. Les islamistes ont prévenu que les troupes françaises vont s’enliser sur place pour des années.»

Le principal risque, selon le Guardian, est que cette guerre puisse être perçue selon le prisme de la «war on terror» (guerre globale au terrorisme, doctrine édictée par George W. Bush après le 11 septembre 2001), «mettant de côté la préoccupation fondamentale qui est de savoir comment réconcilier le nord et le sud du pays».

2. Pourquoi le Mali peut être la nouvelle terre d’élection du djihad et déstabiliser la région

«Le Mali est certes un des pays les plus pauvres d’Afrique, un vaste espace à la population dispersée sur un territoire qui est pour sa plus grande partie composé de désert. Mais les événements sont observés avec une anxiété croissante en Afrique de l’Ouest, dans les capitales européennes et à Washington.» «Pourquoi?», se demande CNN.

«Au Mali comme dans nombre de pays d’Afrique de l’Ouest, le manque d’autorité étatique est un nirvana pour les groupes extrémistes et criminels.» Si les autorités estiment à quelques centaines les combattants d’Aqmi (Al-Qaida au Maghreb islamique), «la chute de Kadhafi a ouvert un vaste marché noir d’armes dans le nord de l’Afrique: les services occidentaux pensent que le groupe pourrait avoir acquis des missiles anti-aériens et d’autres armes lourdes, et de nombreux véhicules qui se révèlent essentiels dans une région dont les routes sont peu nombreuses et en mauvais état.»

D’ailleurs, rajoute le Guardian, «l’ouest et les voisins du Mali craignent que les islamistes qui ont pris le nord du pays utilisent le territoire pour déstabiliser le reste de l’Afrique de l’Ouest, y compris le Niger, principale ressource d’uranium pour l’industrie nucléaire française».

3. A quoi joue Mokhtar Belmokhtar, le responsable de la prise d’otages algérienne?

Alors qu'une information de l'agence de presse mauritanienne ANI évoque 34 otages et 14 ravisseurs tués par un bombardement de l'armée algérienne sur le site gazier d'In Amenas en Algérie, où 41 otages étrangers étaient encore retenus dans la matinée jeudi 17, sur SlateAfrique Stéphanie Plasse dresse un tableau des dissensions internes au sein d’Aqmi, ayant abouti au départ d’un de ses chefs historiques, Mokhtar Belmokhtar, qui revendique la prise d’otages sous la bannière d’un nouveau groupe armé, les «Signataires du sang».

«La direction algérienne lui reprochant de prendre de plus en plus d'indépendance avec son unité combattante», Belmokhtar a été évincé d’Aqmi. La raison serait une rivalité l’opposant à Abou Zeid, chef de la katiba «Tarek Ibn Ziad» d’Aqmi pour le contrôle du trafic de drogue dans le Sahel.

«Il se trouve qu'il y a une compétition de leadership entre Abou Zeid et Mokhtar Belmokhtar, mais ils ont les mêmes objectifs. Il n'y a pas de conflit d'ordre idéologique, il s'agit ici d'une affaire de contrôle pour l'acheminement de la drogue», explique André Bourgeot, anthropologue et directeur de recherche au CNRS à SlateAfrique, qui écrit encore que «ces juteux trafics ont permis [à Mokhtar Belmokhtar] de sillonner toute la région, de se constituer un trésor de guerre, mais aussi de créer des liens privilégiés avec les populations, dont les chefs traditionnels et certains membres des forces de sécurité, le long de ces pistes caravanières».

4. Pourquoi les rebelles islamistes ne sont pas populaires dans ce pays musulman

Contacté par Julie Ducamp sur son blog du Monde, un Français âgé de 25 ans qui vit à Ségou, à 230 km au nord-est de Bamako, explique qu'il a dû se replier sur la capitale avec sa femme malienne. Le couple élève des... cochons. Surprenant en terre musulmane? Pas vraiment. Car «l’islam qui se pratique au Mali est un islam de foi, qui ne connaît pas une bonne partie des interdits et des prescriptions ayant cours dans les monarchies du Golfe, par exemple», écrit Le Monde.

«Danielle Jonckers, chercheuse au CNRS parle ainsi d’un islam ancien, qui a su composer avec les pratiques thérapeutiques des marabouts, la divinisation ou le culte des saints”».

Et le Julie Ducamp de préciser que «l’énorme décalage entre la vision des rebelles islamistes et la religion telle qu’elle est pratiquée au Mali explique pourquoi l’intervention française au Mali est autant plébiscitée par la population locale, qui n’apprécie guère l’invasion des rebelles».

5. La France lancée dans une aventure dangereuse et «ambiguë»?

Les journaux africains défendent globalement l’intervention de François Hollande, à l'image du Pays, quotidien du Burkina Faso, qui publie un édito vibrant se félicitant de la décision de la France, «Laissez Hollande tranquille!»:

«Quel autre comportement responsable aurait pu adopter la France face à une horde d’islamistes qui était sur le point de descendre sur Bamako comme un essaim de criquets ravageurs sur un épi de mil?»

Mais comme le relate la revue de presse africaine de RFI ce jeudi 17 janvier, certaines voix discordantes se font entendre, notamment en Algérie.  

Car «ce qu’on ne dit pas», estime La Tribune, «c’est que cette guerre vise aussi à mettre à l’abri les intérêts économiques de l’Hexagone. Certes le Mali, où Paris totalise 28 filiales d’entreprises, n’est pas parmi les plus importants partenaires de la France dans cette région. Mais la stabilité dans les pays limitrophes compte beaucoup pour Paris. C’est le cas de la Mauritanie pour ses richesses pétrolières et du Niger pour ses gisements d’uranium et bien évidemment de l’Algérie».

«Enfin, conclut RFI, très critique également La Nouvelle Tribune au Bénin qui estime quela guerre de la France fait honte à l’Afrique. […] Il y a quelque chose d’humiliant pour nous autres Africains, à voir une puissance occidentale, et de surcroît l’ancien colonisateur, venir faire la guerre à notre place, comme au temps de la colonisation et décider de comment cette guerre va être menée”.»

Premières critiques qui pourraient s’intensifier. Comme l’écrit Pierre Cherruau dans SlateAfrique, «l'intervention française au Mali suscite un bel enthousiasme. Mais les doutes et les critiques vont rapidement surgir».

Car «les islamistes radicaux vont-ils accepter des batailles rangées ou plutôt recourir à la stratégie de la guérilla, en se cachant au sein de la population. Ne vont-ils pas se réfugier dans des pays voisins? Leur fuite ne risque-t-elle pas de déstabiliser ces pays?»

Et si la France réussit à atteindre ses objectifs militaires au Mali, qu’en sera-t-il de la suite, alors que la situation sur de précédents théâtres d’opération n’incite pas à l’optimisme?

«Les débuts de l’intervention française sont considérés comme une réussite, écrit Pierre Cherruau. Reste à espérer que “l’après-djihadiste” sera mieux pensé que “l’après-Kadhafi” […] En Côte d’Ivoire non plus, l’après-Gbagbo n’est pas forcément considéré comme une grande réussite: la réconciliation se fait toujours attendre.»

Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent Cassely (990 articles)
Journaliste
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