Armes à feu: Obama parle des enfants de Newtown, la NRA de ceux d'Obama

Capture d'écran du spot de la NRA.

Dans le débat sur l'encadrement de la possession des armes à feu en cours aux Etats-Unis depuis la tuerie de Newtown (Connecticut), l'administration Obama et ses opposants n'ont plus qu'un mot à la bouche: «enfants».

Le président américain vient, ce mercredi 16 janvier, de signer 23 décrets sur l'accès aux armes lors d'une allocution à laquelle ont assisté les familles des enfants de l'école de Sandy Hook, ainsi que quatre enfants qui lui ont envoyé des lettres sur le sujet. Il a cité plusieurs de leurs lettres et les a gratifié de high-five et de câlins à la fin de son annonce. Il a répété neuf fois le mot «enfants» (children) et quatre fois le mot «gamin» (kid).

Pour interdire les armes d'assaut, les chargeurs de plus de 10 balles et les balles transperçant les blindages, le président a besoin du Congrès, avec qui il est en situation de cohabitation, note Le Monde, et où il n'est même pas assuré du soutien de tous les Démocrates, en particulier ceux venant d'Etats très pro-armes. Il a d'ailleurs appelé les Américains à téléphoner à leurs législateurs pour demander de faire passer ces lois.

En face, chez la National Rifle Association, le puissant lobby des armes à feu, on est passé à la vitesse supérieure dans les spots contre ce projet. La NRA fait en effet une référence directe aux filles Obama, Malia et Sasha, dans cette vidéo mise en ligne quelques heures avant l'annonce présidentielle:

«Les enfants du président sont-ils plus importants que les vôtres?, interroge la vidéo. Alors, pourquoi est-il sceptique sur l'idée d'avoir des gardes armés dans nos écoles, tandis que ses enfants sont protégés par des gardes armés dans la leur?». Le spot en conclut qu'Obama est un hypocrite et se termine sur:

«Protection pour leurs enfants. Zones sans armes à feu pour les nôtres.»

Comme le note The Atlantic, l'attaque a beau être basse, elle n'est pas nouvelle —simplement, c'est la première fois qu'elle est reprise par un groupe puissant comme la NRA, plutôt que par des photos qui circulent sur Facebook, comme celle-ci:

Ou celle-là:

La NRA a répondu aux critiques qui ont visé ce spot:

«Quiconque pense que ce sport est sur les filles du président Obama n'y comprend rien ou tente de changer de sujet. Il parle de garder nos enfants en sécurité. Et le président a dit qu'il était sceptique face à la proposition de la NRA de mettre des policiers dans toutes les écoles de ce pays. Et pourtant lui et sa famille bénéficient de plusieurs officiers de sécurité 24 heures sur 24.»

En politique, «la règle à toute épreuve est qu'on ne s'en prend pas aux enfants. Ce n'est plus une règle à toute épreuve. La politique va de pire en pire», analyse sur Twitter John Ellis, contributeur à RealClearPolitics et cousin de George W. Bush.

Et c'est vrai que des enfants de la first family ont rarement été attaqués aussi publiquement, directement et gratuitement. Ce n'est pour autant pas la première fois pour Malia Obama —pendant la dernière campagne présidentielle, l'aînée des enfants Obama est partie avec sa classe au Mexique, et le candidat aux primaires républicaines Rick Santorum a affirmé qu'Obama donnait un mauvais exemple en la laissant partir alors que le Département d'Etat avait publié un avertissement aux voyageurs concernant le pays:

«Si le gouvernement dit qu'il n'est pas sûr d'envoyer des gens là-bas, ce n'est pas parce que vous pouvez envoyer 25 agents secrets que vous devriez le faire... Et quand le gouvernement dit que ce n'est pas sûr, eh bien ne donnez pas l'exemple en y envoyant vos enfants.»

Stéphanie Cutter, la codirectrice adjointe de campagne d'Obama, avait alors répondu:

«Je pense qu'on s'est toujours interdit de s'en prendre aux enfants pour atteindre les candidats dans des campagnes présidentielles, dans n'importe quelle campagne en fait. Je suis surprise de voir que Rick Santorum ne serait pas d'accord avec ça.»

Chelsea Clinton avait aussi été insultée par l'animateur de talk-show ultra conservateur Rush Limbaugh, qui en 1993 avait dit dans son émission: «Tout le monde sait que les Clinton ont un chat, Socks, à la Maison blanche. Mais saviez-vous qu'il y a aussi un chien à la Maison blanche?», en montrant une photo de la fille unique du couple présidentiel, 13 ans à l'époque...