Entre «néocolonialisme» et opération «juste», l'offensive française au Mali vue d'Allemagne

François Hollande annonce l'intervention de troupes françaises au Mali, le 11 janvier 2013. REUTERS/Philippe Wojazer.

Depuis le début de l'intervention de l'armée française au Mali, vendredi 11 janvier, le rôle de la France dans la résolution de ce conflit armé fait presque plus débat dans la presse allemande que celui de l'Allemagne, qui refuse pour l'instant d'envoyer ses troupes sur place mais veut offrir un soutien logistique à son partenaire européen.

Plusieurs analystes politiques voient dans cette offensive une nouvelle preuve de l'existence d'un colonialisme mal digéré côté français, à l'instar de Dominic Johnson, co-responsable de la rubrique consacrée à l'actualité internationale du quotidien de gauche Die Tageszeitung, qui s'emporte contre ce qu'il appelle un «néocolonialisme de gauche»:

«L'Afrique est traditionnellement un domaine politique au sujet duquel la France ne voit absolument pas pourquoi elle devrait se concerter avec ses partenaires européens —tandis que pour le reste, elle chante les louanges de l'unité européenne. Une politique extérieure française de gauche reviendrait à changer cela. Est-ce trop demander au nouveau gouvernement socialiste d'Hollande que d'attendre une politique extérieure réformée en Afrique? Visiblement oui, malheureusement.»

Une opinion partagée par l'hebdomadaire de centre gauche Der Freitag, qui qualifie la France de «gendarme de l'Ouest» dans un article étrangement intitulé «Alouette, gentille Alouette!»:

«Une fois encore, un conflit africain n'est pas résolu par des forces africaines. Le modèle classique s'impose et avec lui le motif que l'on connaît: bâtir une autorité régionale à l'aide de la puissance militaire de l'Ouest.»

Contrairement à son supérieur hiérarchique, le correspondant du Tageszeitung à Paris, Rudolf Balmer, estime lui que Hollande «fait ce qui est juste»:

«La France a bien sûr des intérêts dans cette région du monde: notamment les extractions d'urnanium effectués par Areva dans le Niger voisin pour ses centrales nucléaires. Mais est-ce que, seulement à cause de ça, l'intervention au Mali signifierait un retour à la politique d'arrière-cour qui semblait totalement normale sous de Gaulle et ses successeurs, y compris le socialiste Mitterrand?

Hollande n'a ni souhaité ni orchestré cette ingérence, et n'en a pas du tout choisi le moment. De nombreux partenaires se sont d'ailleurs prononcé par principe contre une intervention... et attendaient ainsi que les autres —les Africains— fassent le sale boulot. »

Le quotidien de centre gauche Süddeutsche Zeitung estime lui que le rôle joué par Hollande dans cette offensive militaire redore son blason:

«Le chef de l'État français Hollande se conduit comme un commandant et gagne ainsi une stature nationale et internationale. L'intervention militaire au Mali pourrait constituer le tournant d'une présidence jusqu'ici terne.»

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