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Pédophilie: l'Église catholique allemande bloque une enquête

Annabelle Georgen, mis à jour le 11.01.2013 à 9 h 02

un vitrail dans une cathédrale allemande. Nigel's Europe via Flickr CC License by.

un vitrail dans une cathédrale allemande. Nigel's Europe via Flickr CC License by.

La Conférence des évêques allemands vient de mettre fin à une étude scientifique portant sur les actes de pédophilie commis par des ecclésiastiques depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale en Allemagne, rapportait, mercredi 9 janvier, le quotidien bavarois Süddeutsche Zeitung.

Suite au scandale provoqué en 2010 par la révélation de ces abus sexuels, cette étude avait été confiée en 2011 par l'Église catholique à une équipe de chercheurs indépendants, membres du KFN, l’Institut de criminologie de l’Université de Basse-Saxe, pour faire le jour sur le rôle joué par l'Église catholique dans cette affaire et permettre de trouver de nouvelles victimes. Ce travail de recherche aurait dû durer jusqu'en 2014.

Les évêques invoquent des problèmes de communication avec le directeur du KFN, Christian Pfeiffer, et disent être à la recherche d'un nouveau partenaire, tandis que ce dernier affirme au quotidien que le contrat a été rompu «en raison de la volonté de censure et de contrôle de l'Église» sur la conduite de l'étude.

Comme l'explique le Süddeutsche Zeitung, cette étude était au coeur du travail de réflexion scientifique entrepris sur ce scandale. Elle prévoyait notamment l'examen minutieux des archives de neuf des 27 diocèses que compte l'Allemagne, de l'après-guerre jusqu'à aujourd'hui, et des entretiens avec les victimes et les auteurs des crimes, ce qui aurait permis de faire la lumière sur de nombreuses zones d'ombre:

«Combien de cas y a-t-il eu depuis 1945? Les abus ont-ils eu lieu dans les presbytères ou dans les colonies de vacances? Comment procédaient en général les coupables avant d'embrasser pour la première fois ou de passer sous la ligne de la ceinture? Comment a réagi l'Église quand elle a eu connaissance des faits? Et quelles leçons peut-on en tirer pour le futur, pour empêcher de tels actes?»

Selon Norbert Denef, activiste politique à la tête du réseau Netzwerks Betroffener, engagé auprès des victimes d'abus sexuels, l'attitude de l'Église s'apparente à un mépris vis-à-vis des victimes, comme il l'explique dans une interview à l'hebdomadaire Die Zeit:

«Une nouvelle étude minimiserait l'importance des criminels et de leur dissimulation et banaliserait la situation, de la même façon que les victimes de violences sexuelles, physiques et psychiques peuvent aujourd'hui être minimisées au sein des institutions de l'Église allemande, parce que l'État allemand les laisse au bord de la route.»

Le quotidien conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung estime lui que cette marche arrière est le signe que l'Église ne parvient toujours pas à regarder les faits en face:

«C'est un revers pour tous ceux qui, au sein de l'Église, plaident pour un travail d'éclaircissement sans réserve, ce qui aura pour conséquence une perte de crédibilité de l'Église toute entière. Les appels du Pape en faveur d'une nouvelle spiritualité ont l'air bien fades, car ils peuvent une fois encore être interprétés comme une fuite d'un monde dans lequel l'Église n'en a pas fini avec elle-même.»

Annabelle Georgen
Annabelle Georgen (342 articles)
Journaliste
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