Culture

Les éternelles célibataires, nouvelles anti-héroïnes des séries télé

Temps de lecture : 2 min

Mindy Kaling dans «The Mindy Project» ©Universal Television
Mindy Kaling dans «The Mindy Project» ©Universal Television

Au cinéma, les comédies romantiques obéissent à des règles bien précises: deux personnes se rencontrent, il y a des obstacles, elles les surmontent. C'est l'amouuuuur.

Dans une série, deux personnes se rencontrent, il y a des obstacles, elles les surmontent, ou pas, rencontrent quelqu'un d'autre qui ne leur va pas, boudent, pleurnichent, recouchent avec la personne d'avant, etc.

Les conditions de production des séries télévisées ont imposé un nouveau type de personnages, explique la New York Review of Books sur son blog: les éternels célibataires. Le plus souvent des femmes, puisque les pendants télévisés des comédies romantiques s'adressent plutôt à un public féminin (d'Ally McBeal à Sex and the City, The Mindy Project ou Girls).

A cause de leurs conditions de production, les séries «partagent souvent quelque chose avec la vie elle-même: personne ne sait à l'avance ce qui va se passer». Annulation de la série, prolongation...

«Tout cela donne à la plupart des séries un certain sens d'indétermination qui s'applique aussi aux relations des personnages. Tant que chaque épisode a sa petite fin proprette et rassurante, le public tolère une dose importante d'ouverture quant à la vie romantique du héros ou de l'héroïne. Et ce sur quoi ces petites fins proprettes nous rassurent la plupart du temps, c'est sur le fait que les personnages ne sont pas seuls, même quand ils demeurent célibataires et malchanceux; ils ont des amis, une famille, des collègues –une certaine stabilité, en d'autres termes, bien que n'étant pas mariés. Les séries offrent un baume pour les blessures de la vie de célibat urbain.»

Ces séries soulignent aussi qu'il n'y a pas d'évidence dans les relations amoureuses: tout le monde peut coucher avec tout le monde, on ne sait pas qui finira ensemble: comme l'illustre la relation de Chandler et Monica dans Friends. Et les relations compliquées, l'abondance de sexe, la multiplication de partenaires prend le pas sur les histoires d'amour et-ils-se-marièrent-et-eurent-beaucoup-d'enfants.

Le visage des femmes a ainsi progressivement changé à la télévision, qui «s’affirme plus que jamais comme le territoire privilégié des héroïnes nouveau genre. Girls et Homeland, qui font l’événement cette rentrée, sont les exemples les plus criants d’une tendance à mettre en scène des femmes hors norme, compliquées, voire tordues, au point que certains critiques américains évoquent “l’ère des antihéroïnes”», écrivaient Les Inrocks en septembre 2012. «L’hypothèse est séduisante. Il était temps, treize ans après Les Soprano et son emblématique Tony, mafieux et dépressif.»

Charlotte Pudlowski Rédactrice en chef de Slate.fr

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