Sida: un vaccin oral efficace mis au point chez le macaque

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Une équipe dirigée par le Pr Jean-Marie Andrieu (Université Paris-Descartes), et Louis Wei Lu (Institut de Recherche pour le Développement, Montpellier) vient de franchir une étape expérimentale prometteuse vis-à-vis de la mise au point d’un vaccin contre l’infection par le virus du sida. Les résultats de ces chercheurs viennent d’être publiés dans la revue spécialisée CELL Reports.

L’équipe du Pr Andrieu avait déjà obtenu, au Brésil il y a huit ans, des résultats intéressants à partir  d’une approche vaccinale originale chez des personnes séropositives. Il s’agissait là d’un vaccin «thérapeutique» destiné non pas à prévenir mais à traiter une infection par le VIH. Cette approche est fondée sur le fait que les cellules immunitaires qui sont la cible du VIH (les lymphocytes CD4) doivent être «activés» pour que le virus puisse se reproduire en leur sein. C’est à partir de ce mécanisme inaugural que l’infection de l’organisme se développe et que le système immunitaire est, en l’absence de traitement, progressivement détruit.

L’hypothèse de travail de différents chercheurs est que la suppression de cette «activation» des lymphocytes-cibles pourrait permettre de bloquer l’ensemble de ce processus. Une démonstration expérimentale en est aujourd’hui apportée par  l’équipe franco-chinoise du Pr Andrieu. Les chercheurs ont ici travaillé sur un modèle bien connu: celui du virus de l’immunodéficience simienne (VIS) chez le macaque.

Là encore, l’«activation» est nécessaire à la réplication initiale du rétrovirus, puis à sa dissémination dans l’organisme. Pour aboutir à leur démonstration, les chercheurs ont, de manière très originale, développé un vaccin oral. Ce dernier est constitué du VIS qui a auparavant été inactivé associé Lactobacillus plantarum. Il s’agit là d’une bactérie très répandue dans le tube digestif où elle se développe sans causer de dommages. Elle est également connue pour favoriser l’absence de réponse immunitaire en cas d’agression de l’organisme par un élément reconnu comme étranger.

Les chercheurs expliquent que ce vaccin leur permet de bloquer la réplication du virus, protégeant ainsi le macaque de l’infection. Ces résultats (qu’ils qualifient d’«étonnants») pourraient selon eux conduire au développement d’un vaccin contre le sida. «Contrairement aux enseignements de la science vaccinale classique, et à l’inverse de tous les vaccins antiviraux existant à ce jour chez l’homme ou l’animal, notre vaccin  oral  n’a pas induit de production d’anticorps ou de lymphocytes toxiques», expliquent-ils.

Ils ajoutent que l’administration de ce vaccin a provoqué la production d’une catégorie jusqu’alors inconnue de cellules immunitaires (des «lymphocytes CD8 régulateurs non cytotoxiques»). Et ce sont ces cellules qui agissent pour contrer l’activation des lymphocytes CD4 infectés par le VIS. Sur seize macaques vaccinés par voie intrarectale, quinze ont pu être  totalement protégés.

«Nous espérons que ce prototype de vaccin oral pourra, une fois ces résultats contrôlés par des scientifiques indépendants, faire l’objet d’essais cliniques chez l’homme, a déclaré à Slate.fr le Pr Jean-Marie Andrieu. Il pourra être testé soit à titre préventif, soit à titre thérapeutique. Il pourrait aussi s’appliquer à de nombreux désordres immunologiques.» Le Pr Andrieu souligne d’autre part que ses travaux ont pu être mené en l’absence de tout financement d’institutions publiques. «Nous avons pu bénéficier jusqu’à présent du soutien, à hauteur de treize millions d’euros, d’un mécène privé», confie-t-il.

J-Y.N.