Culture

Quand Kubrick s'inquiétait qu'IBM prenne mal d'être associée à HAL dans «2001: l'Odyssée de l'espace»

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 08.01.2013 à 10 h 57

The famous red eye of HAL 9000 / Cryteria via Wikimedia Commons

The famous red eye of HAL 9000 / Cryteria via Wikimedia Commons

En août 1966, deux ans avant la sortie du film 2001: l’Odyssée de l’espace, Stanley Kubrick écrivait à Roger Caras, le vice-président de sa société de production, pour connaître la position d'IBM sur son scénario.

Le réalisateur voulait s’assurer qu’IBM, société qu’il avait consultée pour écrire le scénario avec l’auteur du roman éponyme Arthur C. Clarke, savait «qu’un des principaux thèmes [du film] était un ordinateur psychotique», comme en témoignent les archives de la correspondance, publiées sur le site Letters of Note et présentées au public dans le cadre d’une exposition sur Kubrick au Los Angeles County Museum of Art (LACMA).

Kubrick craignait que la société ne découvre qu’elle était associée à l’intelligence artificielle meurtrière de HAL 9000, l’ordinateur central de bord qui prend progressivement le contrôle du vaisseau spatial au détriment de ses passagers.

«Je ne veux pas que cela cause des problèmes à qui que ce soit, je ne veux pas qu’ils aient l’impression d’avoir été roulés. Merci de me donner l’exact état des relations avec IBM.»

Source: Letters of Note

Le producteur lui répondait alors qu’IBM était d’accord, à condition de ne pas être perçue comme une société associée à la panne de l’ordinateur.

«La position d’IBM est que si IBM n’est pas associée à l’avarie de l’ordinateur, elle n’a pas d’objection à ce que nous décidions de présenter les noms des sociétés consultées dans le générique du film (et j’espère que c’est ce que vous déciderez de faire). Ils [les responsables d’IBM] ne s’opposeront pas à être crédités à l’écran à condition que leur nom soit intégré à la même liste que les autres [sociétés] et qu’il ne soit pas présenté comme ayant été le consultant technique pour l’ordinateur.»

Kubrick, rappelle le site IO9, avait d’autres raisons de s’inquiéter de la réaction d’IBM. Comme une légende récurrente le rappelle, l’acronyme HAL, pour «Heuristically programmed ALgorithmic computer», aurait été choisi par l’auteur du roman et co-scénariste Arthur C. Clarke parce que chacune des trois lettres précède celles du sigle IBM (H-I , A-B, L-M). Dans le livre The Lost Worlds of 2001, Clarke réfutait cette théorie:

«IBM nous avait donné un sacré coup de main, nous étions donc assez embarrassés par cela, et nous aurions changé le nom si nous avions remarqué la coïncidence à temps.»

La légende reste cependant tenace. Le logo d’IBM apparaît furtivement dans le film, bien que ce dernier ait été retiré des équipements les plus volumineux utilisés dans le vaisseau. Et lorsque HAL «meurt», l’ordinateur se met à entonner l'air de Daisy Bell. C’était aussi la première chanson de l'histoire enregistrée par une voix synthétique d'ordinateur: le calculateur IBM 704…

Sur un gros plan du film, le logo «IBM» apparaît clairement
Jean-Laurent Cassely
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Journaliste
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