Life

Pourquoi les maths impressionnent ceux qui n'y connaissent rien

Charlotte Pudlowski, mis à jour le 08.01.2013 à 13 h 53

Linear Programming par Lambroso via Flickr, LicenseCC by.

Linear Programming par Lambroso via Flickr, LicenseCC by.

Prenez une étude quelconque et rajoutez quelque part dans l'introduction: «Un modèle mathématiques est en développement pour décrire les effets séquentiels» et bim, vous l'aurez rendue crédible aux yeux de tous les profanes en mathématiques.

C'est ce que montre une étude (non quelconque) dont les résultats sont rapportés par le Wall Street Journal:

«Les gens interagissent avec les mathématiques de façon peu logique.»

Et c'est même le cas de ceux qui ne le devraient pas, comme les chercheurs scientifiques, dès lors qu'il ne s'agit pas de leur domaine d'expertise.

«Les maths donnent à des travaux de recherche l'air sérieux, mais la vraie science ne réside pas dans les maths mais dans la tentative la plus poussée qui soit de comprendre le fonctionnement véritable du monde», selon l'auteur de l'étude Kimmo Eriksson, mathématicien et chercheur en psychologie sociale en Suède. D'autres travaux ne touchant pas aux mathématiques pâtissent même de cette surévaluation des mathématiques en étant déconsidérés plus facilement.

Le Wall Street Journal poursuit:

«Les travaux d'Eriksson, publiés en novembre dans la revue Judgment and Decision Making sous le titre "The Nonsense Math Effect", sont au stade préliminaire, mais ne sont malheureusement pas surprenants, selon d'autres chercheurs. Cela donne des informations sur un effet bien connu d'après Daniel Kahneman, professeur émerite en psychologie et en affaires publiques à l'université de Princeton. "Les gens qui comprennent les maths comprennent aussi ce que les autres mortels comprennent, mais les autres mortels ne les comprennent pas, eux. Cette asymétrie leur donne une présomption de supériorité."»

Les mathématiques sont d'ailleurs une source d'angoisse pour les enfants, plus que n'importe quelle matière scolaire, expliquait la psychopédagogue Anne Siety dans Mathématiques, ma chère terreur (2003). Dans une interview à Psychologies elle précise, elle qui a enseigné les maths en cours particuliers:

«Pourquoi entretenons-nous une relation si passionnelle avec cette matière réputée abstraite? Lancez le sujet lors d’un dîner et il suscitera une foule d’anecdotes et de souvenirs plus ou moins “traumathisants” [sic]. Les élèves se disent nuls, voient leur prof écrire au tableau comme si c’était facile, constatent que leurs camarades semblent comprendre et se disent qu’ils n’y arriveront jamais. J’ai alors remarqué que les maths les renvoyaient à des angoisses très concrètes, liées à leur histoire. (...) Progressivement, j’ai acquis la conviction que si un enfant a des problèmes en maths, ce n’est pas parce qu’il n’est pas intelligent, mais parce que quelque chose en lui l’empêche d’accéder à sa pensée et d’utiliser ses capacités. Ce quelque chose a à voir avec son histoire.»

Charlotte Pudlowski
Charlotte Pudlowski (741 articles)
Rédactrice en chef de Slate.fr
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte