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Allemagne: la hausse de l'immobilier devient un enjeu électoral

Célésia Barry, mis à jour le 07.01.2013 à 16 h 05

Berlin, Spree lampenlee via Flickr CC License by

Berlin, Spree lampenlee via Flickr CC License by

En septembre prochain, les cinq cent quatre-vingt dix-huit députés fédéraux du Bundestag, le parlement allemand, seront élus. Avec 41% des intentions de votes, le parti de la chancelière Angela Merkel, démocratie chrétienne (CDU-CSU), a toutes ses chances d'être de nouveau majoritaire. Mais à neuf mois du scrutin, les enjeux électoraux se multiplient. Parmi eux, la hausse des prix de l'immobilier allemand, souligne le quotidien Der Spiegel.

L’Allemagne n'est pas immunisée contre la crise européenne et l'immobilier est l'un des premiers secteurs à pâtir de la situation économique. A Berlin, le mètre carré se négocie à 2.428 euros en moyenne, soit trois à quatre fois moins cher qu'à Paris. Du coup, les étrangers, notamment européens, investissent et font monter les prix de l'immobilier. Ainsi, comme le révélait en 2011 le journal Die Tageszeitung, les loyers du quartier pourtant populaire de Neukölln ont augmenté de 23% entre 2007 et 2010. En moyenne, le prix d'achat au mètre carré a cru de 10% à Berlin en 2012. Dans les autres villes allemandes, que ce soit Hambourg, Cologne, Munich ou Düsseldorf, le constat est le même.

Autre facteur, la sortie du nucléaire, décidée après la catastrophe de Fukushima, au Japon. Les propriétaire se voient obligés d'adapter leurs appartements aux nouvelles normes vertes, explique la revue Focus. Pompes à chaleur, triple-vitrages et systèmes géothermiques coûtent cher. Ces dépenses se répercutent sur les loyers. Légalement, ceux-ci ne peuvent augmenter de plus de 20% en trois ans. Mais la loi permet aux propriétaires investissant dans des améliorations énergétiques d'augmenter le prix du loyer de 11% chaque année. Soit, comme le calcule Der Spiegel, une majoration du loyer de 183€ euros si le propriétaire a dépensé 20.000 euros en travaux. Les économies espérées par ses améliorations ne sont rien par rapport à l'augmentation du loyer.

Les conséquences de cette hausse de l'immobilier se font sentir: à Berlin, les Allemands les plus pauvres sont peu à peu chassés de leur quartier et repoussés de plus en plus loin des limites de la ville, vers les quartiers de Treptow ou Pankow. Ceux qui peuvent encore payer voient leur loyer augmenter. Les salariés, comme les étudiants, se mettent à la colocation, participant malgré eux à l'augmentation des prix.

Les politiques ne peuvent plus ignorer le cercle vicieux dans lequel l'immobilier allemand s'est enfoncé. Selon Der Spiegel, la moitié de l'électorat allemand est locataire. Le parti qui trouvera une solution viable pourrait faire pencher la balance en sa faveur. Peter Ramsauer (CSU), ministre des Affaires urbaines, propose de remplacer les résidences universitaires qui devaient être construites et ne l'ont finalement pas été par des dortoirs flottants (sur des navires). Peer Steinbrück, candidat du Parti social-démocrate, soutient la construction d'habitations à loyer modéré. Les Verts quant à eux proposent que les propriétaires, et non plus les locataires, payent les frais de courtage. La municipalité de Pankow (au nord de Berlin), elle, interdit désormais les «travaux de luxe» comme la construction d'une nouvelle salle de bain...

Ces propositions, insuffisantes, ne résoudront pas le problème structurel: le manque d'habitations dans les grandes villes, dû au gouvernement qui a négligé la construction de logements sociaux. Tant qu'une vraie planification urbaine, associée à une stratégie de blocage de la spéculation immobilière, ne sera pas mise en place, les prix de l'immobilier allemand continueront d'exploser.

Célésia Barry
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