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Ouzbekistan: Gulnara Karimova aime Twitter, mais pas répondre aux journalistes

Temps de lecture : 2 min

Gulnara Karimova, via son compte Instagram
Gulnara Karimova, via son compte Instagram

Gulnara Karimova n'aime pas qu'on la qualifie de «fille de dictateur», une description «idiote» expliquait-elle début décembre sur Twitter à une journaliste de la BBC.

Dommage pour elle, puisque cette journaliste, Natalia Antaleva, a titré son article dans le New Yorker «Tweets de Gulnara: la fille du dictateur».

Gulnara Karimova est l'une des filles d'Islam Karimov, le dirigeant autoritaire de l'Ouzbekistan. Natalia Antaleva raconte sa surprise quand, alors qu'elle commentait la discussion entre Gulnara Karimova et le directeur de l'ONG International Crisis Group, qui demandait à la fille de Karimov de condamner la torture qui a lieu dans les prisons de son pays, elle a reçu une réponse de Gulnara en personne.

Gulnara Karimova ne donne pas souvent d'interviews, note le New York Mag, mais ça ne veut pas dire qu'elle ne communique pas: via un défilé de mode en marge de la Fashion week new-yorkaise –rejeté par les organisateurs officiels vu le nombre d'enfants qui travaillent dans les champs de coton du pays pour l'industrie du textile–, ou via son compte Twitter, donc.

A 40 ans, Gulnara Karimova est à la fois ambassadrice de son pays à l'ONU, pop star, et à la tête d'oeuvres de charité. Elle est aussi crainte que son père, affirme Natalia Antaleva, mais contrairement à lui, elle aime faire parler d'elle, que ce soit avec des apparitions glamour ou des clips musicaux –elle a dernièrement enregistré une chanson avec Gérard Depardieu.

Gérard Depardieu et Gulnara Karimova, via le compte Instagram de celle-ci

Dans des cables publiés par Wikileaks, des diplomates américains l'ont qualifiée de «personnalité la plus haïe» du pays, et affirmé qu'elle a gagné des millions en volant des business ouzbeks et en demandant des pots-de-vin à des investisseurs étrangers.

La journaliste avait déjà essayé de l'interviewer à plusieurs reprises. La dernière fois, en 2008, un «intermédiaire» à Moscou lui avait promis une interview de 30 minutes contre 20.000 dollars en cash et seulement sur des questions pré-approuvées.

Natalia Antaleva a refusé, et quatre ans plus tard, a demandé à Gulnara Karimova sur Twitter si elle pouvait la faire à nouveau entrer en Ouzbékistan (la dernière fois que la journaliste a tenté d'y aller, elle en a été expulsée).

Gulnara Karimova a répondu en donnant son adresse mail, promettant d'examiner l'affaire si on lui donnait des détails précis, mais n'a jamais répondu aux emails de Natalia Antaleva, qui allait en Ouzbekistan pour une enquête sur des stérilisations forcées de femmes dans le pays quand on lui a refusé l'entrée sur le territoire.

Gulnara Karimova n'est pas la seule à détester être appelée «fille de dictateur». En 2011, sa soeur Lola Karimova a fait un procès en diffamation à Rue89 pour un article sur un gala au festival de Cannes 2010 intitulé «Sida: l'Ouzbékistan réprime à domicile mais parade à Cannes», où Augustin Scalbert employait l'expression à propos des deux soeurs. Lola Karimova a perdu son procès.

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