Culture

Cinéma français: la réponse de Jérôme Clément, ancien président du CNC et d'Arte, à Maraval

Temps de lecture : 2 min

Affiche du film Pluie d'Or
Affiche du film Pluie d'Or

La tribune de Vincent Maraval dans Le Monde (daté du 29 décembre) dénonçant les salaires, trop élevés selon lui, des acteurs français, ne cesse de faire réagir. C'est au tour de Jérôme Clément, ancien président du CNC (Centre National de la cinématographie) et d'Arte, de réagir, toujours dans le quotidien du soir.

«Les acteurs français sont riches de l'argent public et du système qui protège l'exception culturelle», écrivait Vincent Maraval. «Non, les acteurs français ne sont pas riches de l'argent public» rétorque Jérôme Clément, dont le texte est titré «vive l'exception culturelle».

Il explique que «ce n'est certainement pas France Télévisions et Arte qui pèsent financièrement sur le star-système, mais plutôt TF1, Canal+ et M6 [chaînes privées] qui exigent les fameux acteurs têtes d'affiche, les si bien nommés "bankable", dans les films qu'ils coproduisent.»

Et cela est rentable selon lui, car les diffusions des films mis en cause (Maraval citait pour 2012 les films aux budgets bien supérieurs aux entrées en salles comme Marsupilami, Astérix, La Vérité si je mens, Les Seigneurs, Stars 80, Populaire...) «permettent aux régies publicitaires d'engranger de sérieuses rentrées financières».

Des comparaisons ineptes

Surtout, Jérôme Clément précise que les rémunérations d'un acteur français et d'un Américain sont incomparables. Maraval donnait pourtant des exemples frappants:

«Savez-vous que Benicio Del Toro, pour le Che, a touché moins que François-Xavier Demaison dans n'importe lequel des films dans lesquels il a joué? Que Marilou Berry, dans Croisière, touche trois fois plus que Joaquin Phoenix dans le prochain James Gray?»

Les chiffres du coût moyen de production d'un film français (5,4 millions d'euros) et d'un film indépendant américain (3 millions d'euros) sont tout aussi incomparables selon Jérôme Clément. Il faudrait mettre côte à côte un film d'auteur français face à un film d'auteur américain, les premiers étant environ «trois fois inférieur à leurs équivalents américains». Ajoutant que le coût moyen d'un film américain «normal» est cinq à six fois supérieur à son équivalent français.

Jérôme Clément loue cette exception française et l'intelligence d'un système qui a su comprendre «que nos films ne peuvent se satisfaire du seul marché en salles, trop étroit. La diffusion à la télévision est devenue vitale. Les moyens dégagés par France Télévisions, Arte, TF1, M6 et Canal+ pour le cinéma ne sont pas des subventions, mais des moyens mis en commun.»

Sur Slate.fr, notre critique Jean-Michel Frodon expliquait que ce système est somme toute «vertueux dans ses principes» mais qu'il comporte des perversions. Les salaires mirobolants de certains acteurs en sont le signe le plus visible.

L'acteur et réalisateur Sam Karmann assurait même dans une lettre ouverte à Maraval: «Vous avez le courage de jeter enfin le pavé des salaires exhorbitants dans la mare de notre cinéma national. J’y souscris», ajoutant que s'il ne s'agissait pas «des acteurs» mais de quelques vedettes, c'est d'autant plus grave que ces acteurs bankables sont nécessaires pour faire un film.

Mise en danger du système

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Le système français, dont Jérôme Clément écrit qu'il «a permis à notre cinématographie de ne pas connaître le sort funeste des cinémas espagnol ou italien» (le cinéma de ces deux pays, comme du Portugal par exemple, sont en effet dans une situation absolument catastrophique), Maraval pourrait bien lui avoir porté un coup un peu trop fort. C'est ce qu'estimait Serge Toubiana, président de la Cinémathèque, sur le site de l'institution dès le 30 décembre, prédisant que sa tribune pourrait faire «des ravages dans les sphères du pouvoir politique, et parmi les ténors de l’industrie du cinéma. Nul doute que les corporations du cinéma, par le biais des syndicats de producteurs et de distributeurs, des sociétés d’auteurs, de réalisateurs et de producteurs, et autres, ne tarderont pas à réagir.»

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