France

Mariage pour tous: des curés à contre-courant du discours de l'Eglise

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 27.12.2012 à 18 h 14

Un couple homosexuel lors d'une cérémonie de mariage symbolique à Rome, le 21 mai 2005. REUTERS/Max Rossi.

Un couple homosexuel lors d'une cérémonie de mariage symbolique à Rome, le 21 mai 2005. REUTERS/Max Rossi.

Si les autorités catholiques officielles, du pape Benoît XVI à la Conférence des évêques de France, ont marqué leur opposition au projet de loi instaurant le mariage pour tous, leur position n'est pas unanimement partagée par le clergé français.

A contre-courant d'un curé qui établit un parallèle entre le gouvernement Hollande et le régime nazi, d'un archevêque brandissant le spectre de la future dépénalisation de l’inceste ou de curés qui «partent en croisade contre le mariage gay», des voix discordantes se font entendre.

Isolés, certes, mais suscitant l’intérêt des médias locaux, quelques curés frondeurs de tendance catholique sociale assument ici ou là des positions plus modérées, voire franchement favorables au mariage pour tous… Distinguons trois positions au sein de ces ecclésiastiques gay friendly: ceux qui soutiennent le projet de loi dans son intégralité, ceux qui sont favorables à l’adoption mais moins au mariage, et enfin ceux qui se sont écartés de la position épiscopale sans donner un avis tranché ni sur le mariage ni sur l’adoption.

1. Pour le projet de loi

«Je dis oui au mariage pour tous». Dans le Télégramme, le «prête détaché» du diocèse de Quimper et Léon Laurent Laot, auteur de plusieurs ouvrages et «féru de questions de société», a déclaré dans des termes on ne peut plus clairs son opposition à la position de l’épiscopat français. «Je me pose plus de questions sur l'adoption, ajoute-t-il. J'aimerais que la législation fixe bien les choses.»

Le curé a d’ailleurs écrit une lettre ouverte aux évêques de l’église catholique en France sur le mariage pour tous, dans laquelle il regrette «une ligne d’opposition ferme et résolue» de la Conférence des évêques de France, qui «devrait être en capacité de dire au moins que cette perspective, si le législateur en décide, est acceptable». Selon lui, beaucoup de prêtes partagent son ouverture sur le sujet.

>>> Nos tribunes, enquêtes, analyses sur le mariage pour tous: un dossier pour en parler

2. Pour l’adoption

C’est le prêtre Elie Geffray, qui est aussi maire du village d’Eréac en Bretagne, qui a ouvert le bal médiatique. Dans le Télégramme puis dans La Vie et Le Figaro, il a pris la parole pour affirmer qu’en tant que maire, il marierait sans états d’âme des couples homosexuels.

Membre du Mouvement rural de la jeunesse chrétienne, catholique social, cet élu précise au Figaro que s’il a des raisons «sur le plan anthropologique» de s’opposer au mariage gay, en revanche, il comprend le bien-fondé du projet de loi du gouvernement.

«Nous avons vu l'Église s'opposer au nom d'un idéal à beaucoup de choses, mais cet idéal est impraticable sur le plan social. Il vaut donc mieux légiférer pour répondre à une demande si l'on veut éviter le pire.»

Et le prêtre d’enfoncer le clou:

«Si j'étais juge et que j'avais des enfants à placer, je ne vois pas pourquoi ne je ne choisirais pas des parents homos, plutôt que d'autres. Ils sont tout aussi capables d'élever des enfants.»

Dans le Nord, le curé de la paroisse de Saint-Martin-Boulogne, Jean-Pierre Boutoille, «connu pour ses positions progressistes», écrit la Voix du Nord, admet que le terme de «mariage» le «gêne» dans le projet de loi, mais qu’il est favorable à l’adoption par des couples de même sexe:

«Si aujourd'hui, des enfants ont la chance d'être adoptés par un couple, hétéro ou homo, et que ce couple vit sa relation sérieusement, dans l'amour et la fidélité, pourquoi pas. Regardons l'intérêt de l'enfant!»

S’il «respecte la hiérarchie de l'Église, et globalement le discours du cardinal Vingt-Trois», l’abbé refuse par ailleurs d’être un «mouton». Et de s’interroger:

«Que dirait Jésus en ce moment? En fait, il suffit de regarder son comportement: il ne juge jamais.»

3. En désaccord avec la position officielle de l’Eglise

Jacques Mérienne, le prêtre de la paroisse du quartier du Marais, à Paris, ne s’est pas prononcé sur le mariage, mais n’a en revanche pas lu la prière envoyée par le Cardinal André Vingt-Trois pour l’Assomption, dans laquelle ce dernier rappelait l’opposition de l’Eglise au mariage gay. Comme l'écrit Le Monde, son église accueille d’ailleurs une fois par mois l’association du «mouvement homosexuel chrétien» David et Jonathan.

«Les homosexuels sont accueillis pour eux-mêmes dans notre église, explique le prêtre, au même titre que d'autres groupes, dans une parfaite hospitalité.»

Le curé estime que le mariage «est une question complexe, et [qu’]il n'y a pas de prédication à faire là-dessus», en référence à la prière envoyée par le Cardinal Vingt-Trois, qui «est devenue un tract pour les citoyens».

«Prêtre de gauche» et atypique puisqu’il a été professeur de fac et journaliste, Maurice Gruau a été prêtre en Mayenne, en Bourgogne puis aumônier dans les prisons, rapporte Le Bien Public. Ayant un temps vécu avec une femme, il est favorable à ce que les prêtres aient une famille et estime dans le portrait que lui consacre le journal que «parler du mariage homosexuel n’est pas le rôle de l’Église». Ajoutant même:

«Comment de vieux célibataires peuvent-ils porter un jugement sur cela?»

Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent Cassely (990 articles)
Journaliste
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