De quoi tu vas mourir, la data te le dira

Un des graphiques réalisés par l'IHME

En un demi-siècle, la durée de la vie humaine a augmenté de façon spectaculaire. Ce phénomène a une conséquence notable: l’augmentation de la durée moyenne de la vie durant laquelle on souffre de maladie chronique. C’est la principale conclusion de la Global Burden of Disease Study 2010 (GBD 2010), un ambitieux projet mené sous l’égide de l’Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) de l'université de Washington.

Ce travail est publié dans une édition spéciale du Lancet. Cet ensemble de données et de comparaisons peut également être visualisées sur un mode dynamique sur le site de l’IHME.

Un des tableaux consultables sur l'IHME

Il est le fruit de la collaboration de près de cinq cents chercheurs travaillant au sein de trois cents institutions dans cinquante pays.

De 1970 à 2010, l'espérance de vie à la naissance a augmenté d’un peu plus de dix ans pour les hommes et de douze pour les femmes dans le monde, selon les données colligées dans 187 pays.

Mais le temps gagné est loin de correspondre à une vie en bonne santé. En 1990, les affections cancéreuses, le diabète de l’adulte et les maladies cardiovasculaires n'étaient incriminés que dans la moitié des décès prématurés. Ils le sont désormais deux fois sur trois.

A l’échelon planétaire, le nombre des cancers a augmenté de 38% au total entre 1990 et 2010 tandis que le nombre des morts dues aux maladies transmissibles, à la malnutrition ou à des problèmes obstétricaux diminuait.

L’étude publiée dans The Lancet recense d’autre part une forte augmentation des maladies chroniques comme les troubles mentaux ou encore les troubles musculaires et squelettiques

«Avec le vieillissement de la population et la baisse de la mortalité prématurée, le nombre de personnes qui vivent avec des handicaps chroniques à un âge donné augmente. Or la santé ne consiste pas uniquement à éviter la mort.»

Selon les auteurs, il est grand temps de redéfinir les priorités en matière de politique de santé publique et ce en dépassant le seul objectif de maintenir en vie jusqu'à un âge avancé.

Parmi les résultats encourageants de la GBD 2010, on note une baisse de 60% des décès des enfants moins de 5 ans en raison notamment d'une réduction de la malnutrition chronique.

Pour autant, la situation reste préoccupante en Afrique sub-saharienne où l'espérance de vie des hommes a baissé de 1,3 an et celle des femmes de 0,8 année au cours des 40 dernières années; ce principalement en raison de la pandémie du sida.

Plus grave: au Botswana, en Afrique du sud, en Zambie et au Zimbabwe, les décès des 15-49 ans ont même augmenté de 500% quand on compare les chiffres de 2010 à ceux de 1970. L'espérance de vie a également diminué au Belarus et en Ukraine, très vraisemblablement à cause de l'alcoolisme.

L'espérance moyenne de vie la plus basse (32,5 ans pour les hommes et 43,6 pour les femmes) est recensée en Haïti, tandis que la plus élevée est détenue par les femmes japonaises (85,9 ans), pour l’heure.