La Suède n'est pas un paradis paritaire

Un bureau dans une cuisine /Victor1558 via Flickr CC License by

La Suède a beau être un bastion de l’Etat-providence –remportant la première place dans presque tous les indices mesurant l’égalité des sexes–, les femmes sont toujours bien derrière leurs collègues hommes dans le secteur privé quand il s’agit de se hisser aux plus hauts postes de management ou de siéger dans les conseils d’administration.

Quartz, le magazine économique de The Atlantic, explique:

«En 2011, les femmes ne représentaient que 28% des managers du secteur privé. Et si les chiffres augmentent doucement, il faudra 27 ans avant que le nombre de femmes dans les conseils d’administration atteigne la parité. Et 52 ans avant que la parité soit faite dans les postes de management d’entreprise.»

Ces chiffres font de la Suède un pays se situant dans la moyenne des pays occidentaux selon Linda Haas, professeure de sociologie à l’Indiana University-Purdue University Indianapolis, interviewée par Quartz. Dans le secteur public, ça n’a rien à voir, puisque, rappelle Haas, la parité y est presque atteinte (45%) au Parlement et largement dépassée (64%) parmi les managers.

Ce sont en effet les chiffres du public qui circulent le plus dans les médias, faisant du royaume «le champion mondial de la parité entre hommes et femmes», comme l’écrivait La Croix en juin dernier, dans un article consacré à Egalia, crèche expérimentale égalitaire. «Le Riksdag, le parlement, a accueilli ses premières députées en 1922. Quant à l’Eglise luthérienne, elle a pour la première fois ordonné une femme évêque en 1997», rappelait alors le quotidien:

«Aucune parcelle de la société n’échappe à la préoccupation de l’égalité entre les genres, qui trouve ses racines dans la conviction partagée que rien ne doit être impossible pour l’individu, quel que soit son sexe: le marché du travail (70% des femmes ont une activité professionnelle), l’entreprise et l’école, où l’élaboration de plans pour l’égalité est obligatoire, le gouvernement, où la moitié des ministres sont des femmes...»

Pourquoi une telle disparité entre le public et le privé?

«Toujours la même histoire» remarque Quartz:

«Les femmes prennent des congés pour leurs enfants quand les maris n’assument pas –ou ne peuvent pas en raison des normes sociales ou entrepreneuriales– leur part du travail domestique, et la culture d’entreprise n’est pas faite pour favoriser un équilibre entre travail et vie privée.»

«L’idée selon laquelle les femmes n’ont pas assez de temps pour se consacrer à leur métier est la cause principale du problème», indiquait Lenita Freidenvall, secrétaire de la commission du travail au Parlement, à La Croix.

«Le congé parental est aussi une explication. D’une durée de 480 jours, rémunéré à hauteur de 80 % du salaire –dans la limite de 46.000 € annuels–, il peut être pris tant par le père que la mère, la loi interdisant toutefois que l’un ou l’autre utilise plus de 420 jours. Mais si la règle permet un partage équitable, la pratique est autre. En 2009, les hommes ne s’accordaient que 22% du congé auquel ils ont droit. Pour Lenita Freidenvall, la raison tient à l’inégalité des salaires, ceux des femmes étant en moyenne de 15% inférieurs à ceux des hommes.»

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