Monde

Les journalistes ne pleurent (presque) pas à Newtown, Connecticut

Temps de lecture : 2 min

La police arrivant l'école de Newtown. REUTERS/Adrees Latif
La police arrivant l'école de Newtown. REUTERS/Adrees Latif

Sur le site du Daily Beast, Lauren Ashburn, auteure et ancienne journaliste télé, revient sur la tuerie dans le Connecticut et explique que la façon dont les reporters se sont comportés devant l’école dans les heures qui ont suivi la tuerie, cette façon stoïque de relater les événements sans une larme alors que vingt enfants sont morts.

«Quand des gens viennent de mourir, [le rôle du journaliste] est d’aider les gens à comprendre en rapportant les nouvelles. Pour survivre [en tant que journaliste], il faut mettre un masque et faire le boulot pour lequel vous êtes payé. Vous vous insensibilisez au fur et à mesure que vous entendez le bilan des morts s’alourdir, et les cris des mères qui ne tiendront plus jamais leurs enfants dans leurs bras. Vous vous empêchez de penser à l’image de votre propre fille, si belle, si aimante, étendue dans une marre de sang dans sa classe, seule, et à jamais écartée de vos bras.

Et vous bougez. Vous allez sur le terrain, vous prenez votre voiture. Vous décrochez le téléphone pour appeler votre producteur, votre éditeur, la nounou pour votre enfant. Vous enfouissez votre culpabilité pour aller chercher des informations».

Les journalistes sont souvent vilipendés pour leur voracité lors d’événements pareils, accusés de chercher à tous prix des images, de harceler les victimes. Mais c’est particulièrement mal perçu par le public quand des enfants sont en jeu. En France, à la suite de la tuerie de Toulouse, en mars 2012, les journalistes présents devant l’établissement où trois enfants venaient d’être assassinés essayaient d’interviewer parents et camarades. Les réactions du public avaient alors été très hostiles.

Dans le cas du Connecticut, et notamment parce qu’il s’agissait d’enfants, ce stoïcisme des journalistes et cette concentration sur leur travail plus que sur leurs émotions a été trop loin, selon Lauren Ashburn. Dans un cas pareil, «il est évident que trop de restreinte provoque un décalage entre le reportage et ce qui est rapporté, le meurtre d’enfants».

Sur Slate.com, Justin Peters, présent à Newtown après les événements, explique que pendant la veillée funèbre, «les journalistes se transforment en rapaces. Un gros plein de soupe vêtu d'un manteau en poils de chameau tente d'encercler ceux qui sortent en larmes de l'église pour leur poser des questions inutiles. Il repartira bredouille. "Pouvez-vous m'en dire un peu sur l'atmosphère à l'intérieur?" demande un journaliste de la télé à un curé. Celui-ci s'arrête un court instant pour lui jeter un regard noir. "A l'évidence, elle était très sombre", lui répond-il.»

Mais Justin Peters, lui aussi journaliste, pleurait.

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