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En Inde, le passeport biométrique peut-il contribuer à la lutte contre la pauvreté?

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 11.12.2012 à 15 h 06

Le logo d'Aadhaar, le projet d'identification biométrique indien.

Le logo d'Aadhaar, le projet d'identification biométrique indien.

«Dans les thrillers d’espionnage, écrit l’économiste Tim Harford dans le Financial Times, la capacité à disparaître des bases de données officielles est rare et extrêmement prisée. Mais dans la plupart des pays pauvres, l’inverse est vrai: il est utile mais très difficile d’acquérir une identité officielle.»

C’est pourquoi disposer d’un système universel d’identification des individus est un véritable enjeu dans les pays en développement. L'Inde, à travers un programme mis en œuvre par l’Unique Identification Authority of India (UIDAI), a ainsi enrôlé 200 millions d’habitants, sur 1,2 milliard au total, dans ce qui est actuellement le plus gros programme d'identification biométrique au monde. Le programme attribue à chaque citoyen un numéro d’identification, nommé «Aadhaar» (ce qui signifie «fondation»), et enregistre deux scans d’iris, dix empreintes digitales et une photo numérique de l’individu.

L’identification biométrique est plus sûre qu’un document officiel et son taux d’erreur est suffisamment marginal, estime Tim Harford dans le FT. Fin 2014, le programme devrait avoir enrôlé la moitié du pays, soit environ 600 millions d’Indiens.

Sans document d’identité, les individus des payx en développement sont souvent empêchés d’exercer leurs droits élémentaires et d’accéder aux services nécessaires à leur sécurité physique et financière, à l’emploi ou à la participation démocratique, comme le notent Alan Gelb et Julia Clark dans un document du Center for Global Development.

Par ailleurs, identifier les individus permet de cibler les politiques de lutte contre la pauvreté et d’être certain qu’elles touchent leurs réels bénéficiaires. Selon un rapport publié en 2011 par la Banque mondiale, Social Protection for a Changing India, il y aurait en Inde des centaines de programmes de ce type, mais très peu des bénéfices seraient captés par les personnes concernées, en particulier à cause des escroqueries et des détournements de ces aides…

Le gouvernement indien a annoncé fin novembre que les allocations seraient directement payées par virement bancaire à partir de janvier prochain, écrit par ailleurs le Washington Post. Cette annonce est une révolution pour le pays et n’est possible que grâce à l’investissement de l’Inde dans son système d’identification universel.

Dans les pays en développement où l'Etat n'est pas assez centralisé pour contrôler ses effectifs, la biométrie a un autre avantage, comme le détaillait Slate en 2011:

«Le gouvernement nigérian a ainsi utilisé l’identification biométrique —empreintes digitales, dans ce cas— pour éliminer rien moins que 43.000 employés fantômes des effectifs de l’État, ce qui représente une économie de plus de 75 millions de dollars.»

Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent Cassely (990 articles)
Journaliste
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