France

Où meurt-on en France? La première cartographie française de la mort

Jean-Yves Nau, mis à jour le 11.12.2012 à 10 h 39

Hospital/ Boliston via Flickr CC license by

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Où décède-t-on en France? A l'hôpital? A domicile? A la maison de retraite? La réponse est apportée dans le numéro du 11 décembre 2012 du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) de l’Institut de veille sanitaire (InVS).

Elle résulte d’un travail sans précédent réunissant des chercheurs de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale et de l’Observatoire national de la fin de vie. Il a été mené à partir de l’analyse des certificats de décès survenus entre 1993 et 2008.

En 2008, 57% des morts se sont produites survenus à l’hôpital, 27% à domicile, 11% en maison de retraite et 5% dans d’autres lieux. Il apparaît que la proportion de  décès à l’hôpital est restée globalement stable au cours de ces quinze dernières  années.

Cette étude met en évidence la forte médicalisation de la fin de vie en France par rapport à certains autres pays européens; des données qui tranchent, soulignent les auteurs, «avec la volonté exprimée de mourir à domicile».  

A la maison ou à l'hôpital?

Différentes enquêtes montrent que la plupart des malades et de leurs proches expriment le souhait de mourir à domicile, et ce même si cette mort peut engendrer du stress ou diverses inquiétudes. Pour les auteurs du BEH, la «déshospitalisation» de la mort est aujourd’hui un enjeu important. Il s’agit tout d’abord de répondre aux souhaits de la population. Mais il s’agit aussi de prendre en compte les coûts financiers liés aux hospitalisations terminales. 

La grande majorité (72%) des morts par tumeurs se produisent à l’hôpital. «Les pratiques et les besoins font que cette population relève le plus souvent de traitements complexes et agressifs, qui nécessitent une hospitalisation juste avant la fin de la vie», expliquent les auteurs. Ils ajoutent que cette proportion est plus importante en France que dans certains autres pays européens: elle est inférieure à 60% en Belgique, aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne. Une organisation différente des soins et l’existence d’une prise en charge alternative (prise en charge palliative en dehors de l’hôpital) pourraient expliquer ces écarts et une fréquence plus élevée des décès à l’hôpital en France par rapport à d’autres pays européens.

La proportion de morts à l’hôpital est plus importante pour les maladies que pour les morts violentes. Outre les tumeurs, elle est maximale pour les décès par pneumonie, grippe ou maladies cérébro-vasculaires. La proportion de décès à domicile est la plus forte pour le diabète et les maladies hypertensives. Les proportions les plus élevées de décès en maison de retraite concernent les maladies du système nerveux et tout particulièrement la maladie d’Alzheimer.

Cela dépend des maladies

Les personnes mariées, veuves ou divorcées tendent à mourir plus souvent à l’hôpital que les célibataires qui meurent plus souvent à domicile. Si l’hospitalisation peut être influencée par les proches, à l’inverse, la solitude semble favoriser le décès à domicile. Jusqu’à 70-79 ans, plus les personnes sont âgées, plus elles meurent à l’hôpital. Ce phénomène pourrait s’expliquer par le vieillissement de l’entourage, notamment du conjoint, qui ne peut assumer une si lourde tâche et préfère une prise en charge hospitalière.

Les chiffres du BEH montrent d’importantes disparités départementales qui pourraient être attribuables à une «culture médicale» propre à chaque région. Cette culture serait susceptible de favoriser ou non les décès à domicile, selon la qualité des relations entre le centre hospitalier et les équipes qui interviennent au domicile, selon ce qui est défini localement comme étant de «bonnes pratiques» à propos du lieu le mieux adapté pour mourir.

Jean-Yves Nau
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Journaliste
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