Quand les nazis «déjuivaient» les chants de Noël

Les chants de Noël qui résonnent depuis quelques jours dans les églises allemandes ne sont pas les mêmes que ceux que l'on pouvait entendre à l'époque nazie, explique le quotidien allemand Die Welt.

A cette époque, de nombreux chants chrétiens ont été interdits ou réécrits par des religieux nazis soucieux d'«entjuden», de «déjuiver» des paroles jugées contraires aux valeurs aryennes parce qu'elles faisaient référence à l'Ancien Testament.

A l'instar du classique Es ist ein Ros entsprungen (la version française, dont les paroles n'ont rien à voir avec l'original, s'appelle Dans une étable obscure), dont une strophe évoquant Jessé, le père du roi d'Israël David, a été modifiée: le prénom a été remplacé par «ciel».

Plus glaçant encore est d'apprendre que c'est l'Église elle-même qui a impulsé cette censure, sans attendre que les nazis fassent pression sur elle:

«Dès qu'Hitler arriva au pouvoir, les musiciens de l'église protestante et les hymnologues prirent les devants en se mettant tout de suite au travail, et nettoyèrent les livres de chants d'Église. Déjà, un an auparavant, en 1932, le spécialiste de l'Ancien Testament Wilhelm Caspari avait traqué des judaïsmes tels que “Sion”, “Jérusalem” ou “semence d'Abraham” parmi les 342 chants du livre de chants de l'époque de l'Église protestante allemande, et les avaient remplacés sans ménagement par des vers chantables. Des expressions “non allemandes” telles que “kyrie”, “alléluia” et même “amen” furent modifiées.»

D'une manière générale, l'Église protestante ne s'est d'ailleurs que très peu élevée contre l'idéologie nazie. Comme l'expliquait l'historien de l'Eglise Christoph Strohm au magazine de connaissance Planet Wissen en 2006:

«Des prêtres se sont rassemblés au sein d'un certain Pfarrernotbund (union d'urgence des prêtres) –contre une exclusion au motif d'hérésie des prêtres d'origine juive. Mais il n'y en a eu que très peu qui se sont prononcés contre la discrimination de tous les citoyens juifs –et aussi des non-chrétiens

Les musiciens d'église ne furent eux non plus pas épargnés par la terreur nazie, à l'instar du chef de choeur et organiste d'origine juive Julio Goslar, qui fut l'un des seuls à dénoncer publiquement la censure des chants religieux, comme le rappelle Die Welt:

«Les 10.000 musiciens que comptait l'Eglise évangélique furent contrôlés par la chambre musicale du Reich. Julio Goslar, qui venait d'en être exclu, fut condamné à un congé forcé, et quand il voulu reprendre son service à l'église luthérienne de Köln-Nippes, une partie du presbytère démissionna.»

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Publié le 07/12/2012
Mis à jour le 07/12/2012 à 10h06