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Le syndrome d’Asperger disparaît de la bible de la psychiatrie américaine

Charlotte Pudlowski, mis à jour le 04.12.2012 à 11 h 25

Hans Asperger (1906–1980), License CC Via Wikipedia.

Hans Asperger (1906–1980), License CC Via Wikipedia.

L’APA (American Psychiatric Association) a annoncé le 1er décembre qu’elle s’apprêtait à modifier son ouvrage de référence, celui que les médecins utilisent avec leurs patients atteints de troubles mentaux. C’est la première réécriture majeure en 20 ans.

Avec les modifications, le syndrome d’Asperger va devenir une sous-catégorie de l’autisme, compris dans un large spectre incluant plusieurs troubles, «afin d’aider de façon plus pertinente et plus systématique à diagnostiquer les enfants atteints d’autisme», selon l’APA, cité par CBS News.

Comme l'expliquait Peggy Sastre sur Slate, le syndrome d'Asperger est de toute façon lié à l'autisme depuis son diagnostic originel:

«En 1944, Hans Asperger, pédiatre, publie ses observations (PDF) portant sur des enfants atteints de “psychopathie autistique”, caractérisée par des «comportements bizarres» et des capacités intellectuelles pouvant aller “de la débilité au génie”. Asperger est lui aussi convaincu d'une origine organique et héréditaire du trouble, et précise que les parents de ces enfants sont des êtres originaux possédant pour certains quelques traits autistiques. Il donnera son nom au célèbre “syndrome d'Asperger”, désignant les autistes de haut-niveau, manifestant une forme très élaborée et très précoce du langage, sans pour autant le considérer comme un outil de communication sociale.»

Indépendance

De nouveaux troubles font leur apparition dans cette bible de la psychiatrie d’outre-Atlantique. Parmi eux, la syllogomanie, trouble qui consiste à accumuler de manière compulsive et excessive des objets (sans les utiliser ou s’en débarrasser) mais s’ils ne présentent aucun intérêt ni utilité. Le livre référence aussi désormais le DMDD (Disruptive Mood Dysregulation Disorder). Ce trouble implique des explosions de colère sévères et disproportionnées par rapport aux situations dans lesquelles elles s’expriment.

L’impact du manuel, de la façon dont les maladies sont répertoriées a un impact immense aux Etats-Unis sur les traitements, car les médecins suivent de très près le manuel, mais aussi sur l’accès aux traitements.

Le problème étant que nombre de spécialistes travaillant sur ce manuel ont des liens avec l'industrie pharmaceutique, et sont donc l'objet de possibles conflits d'intérêts, explique le magazine New Scientist. Pour la révision actuelle, l'APA a demandé pour la première fois que les auteurs déclarent leurs liens financiers avec l'industrie, et a limité les sommes qu'ils peuvent recevoir des industries pharmaceutiques (maximum... 10.000 dollars par an).

Mais selon Lisa Cosgrove professeure d'Harvard qui a travaillé sur les liens entre les auteurs du manuel et l'industrie, «la transparence ne peut pas, à elle seule, diminuer la partialité des auteurs» et ajoute que certaines sommes allouées pour la recherche par l'industrie ne sont même pas prises en compte dans la demande de transparence. «Rien n'a vraiment changé», estime-t-elle.

Charlotte Pudlowski
Charlotte Pudlowski (740 articles)
Rédactrice en chef de Slate.fr
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