France

Florange: les dessous de l'accord entre Matignon et Mittal

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 03.12.2012 à 12 h 08

Sur le site de Florange, le 1er octobre 2012. REUTERS/Vincent Kessler

Sur le site de Florange, le 1er octobre 2012. REUTERS/Vincent Kessler

Alors que le numéro un mondial de l’acier ArcelorMittal, propriété de l’Indien Lakshmi Mittal, a donné en septembre deux mois au gouvernement pour trouver un repreneur pour l’acierie de Florange, souhaitant se séparer du site lorrain –qui n’est plus utilisé depuis un an et demi– le feuilleton Mittal s’est accéléré toute la semaine dernière.

C’est Arnaud Montebourg qui ouvre le feu dans Les Echos, tonnant:

«Nous ne voulons plus de Mittal en France parce qu'ils n'ont pas respecté la France.»

Le ministre du Redressement productif annonce alors qu’il travaille à un projet de nationalisation temporaire du site de Florange, car il existerait deux repreneurs industriels, qui ne sont intéressés qu’à condition que le site soit vendu dans son intégralité. Mais Mittal refuse de vendre le site.

Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault reprend le dossier en main après le Conseil des ministres du 28 novembre et, dès lors, le projet de Montebourg est abandonné, même si officiellement l’option nationalisation reste ouverte comme menace, recours ultime en cas d’échec des négociations.

L’accord avec ArcelorMittal est révélé à la télévision par le Premier ministre vendredi soir: le site est maintenu, il n’y aura pas de plan social et le propriétaire s’engage à investir 180 millions d’euros dans les hauts fourneaux... qui resteront fermés. Le ministre du Redressement productif n’est pas cité. Pour Hervé Gattegno du Point:

«Il y a une inimitié persistante entre eux. Elle s'est bien vue quand Jean-Marc Ayrault a voulu humilier Arnaud Montebourg en annonçant l'accord avec Mittal sans même le citer, en disant que son dossier de reprise n'était "pas crédible" ­–ses proches ont ensuite distillé les commentaires "off" dans la presse sur son désaveu.»

La nationalisation temporaire est abandonnée, jugée par Jean-Marc Ayrault «pas efficace face à un problème de débouchés pour une entreprise ou face à un problème de compétitivité».

Montebourg a proposé sa démission à l’Elysée

«Le jour où Montebourg a menacé de démissionner», titraient dimanche les Echos un article sur les coulisses de l’accord, alors que l’édition de lundi de Libération consacre sa une au «Jour où Montebourg a voulu démissionner». Selon le quotidien, «de sources concordantes, Arnaud Montebourg a menacé François Hollande de démissionner, lors de leur entretien de samedi matin à l’Elysée». Joint par Libération, le ministre du Redressement productif précise:

«Je lui ai dit [au président de la République, NDLR] que si rien n’était fait avant ce soir pour réparer les dégâts sur cette question de nationalisation, je ne resterai pas au gouvernement, et la dislocation va commencer. Il m’a demandé de n’en rien faire.»

«Mais le Président ne veut pas perdre Montebourg, essentiel pour séduire l’aile gauche du PS et de son électorat», poursuit le quotidien, alors que les syndicalistes de Florange souhaitent le voir maintenu au gouvernement: «Ça nous fragiliserait, c’est le seul qui a des couilles face à Mittal», explique à Libération le délégué CFDT d’ArcelorMittal Edouard Martin.

Alors que le ministre est attendu samedi soir au 20 Heures de TF1, le Premier ministre appelle Montebourg pendant que celui-ci est encore à l’Elysée. «Eclats de voix et échanges “viril”», selon Les Echos. Selon Libération, c’est Montebourg qui appelle Ayrault, mais là encore selon le quotidien, «la conversation est “très houleuse”».

Ayrault publie un communiqué dans la journée pour rendre hommage à son ministre, qui «n’a pas ménagé sa peine pour chercher toutes les solutions possibles comme il le fait sur de nombreux dossiers particulièrement difficiles, contribuant ainsi à créer un rapport de forces favorable à la conclusion de l’accord».

Ayrault et la clause secrète

Alors que l’accord avec Mittal prévoit le maintien en l’état du site et le reclassement des salariés, Hervé Gattegno révèle dans Le Point qu’une clause à été signée en toute discrétion dans cet accord. Pour le journaliste du Point:

«Jean-Marc Ayrault a négocié avec Mittal la garantie du maintien de l'activité d'un autre site du groupe: l'usine de Basse-Indre, tout près de Nantes, qui fabrique des emballages métalliques –et qui se trouve dans la circonscription de Jean-Marc Ayrault!»

Quant au ministre du Redressement productif, il a annoncé sur TF1 qu'il gardait finalement son «poste de travail et de combat». Un combat perdu d'avance? Comme le rappellent Les Echos:

«“Montebourg, c'est un canard qui tourne dans la cour d'une ferme. On lui a déjà coupé la tête, mais il n'est pas au courant”, raillait en octobre l'UMP Xavier Bertrand»

Jean-Laurent Cassely
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Journaliste
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