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L'Associated Press n'utilisera plus le terme «homophobe», et c'est une erreur

Cécile Dehesdin, mis à jour le 28.11.2012 à 11 h 44

Homophobia is a choice  / sarahdeer via Flickr CC License By

Homophobia is a choice / sarahdeer via Flickr CC License By

L'agence de presse américaine Associated Press a décidé de ne plus utiliser le terme «homophobie» (ainsi, entre autres, que les mots «islamophobie» ou «nettoyage ethnique»). AP les a enlevé de son «Style Book», un guide de style d'écriture de référence pour les médias américains, ce qui veut dire que d'autres médias pourraient décider de faire de même.

Le Style Book explique que «-phobie» étant «une peur irrationnelle, incontrôlable, souvent une forme de maladie mentale», le terme ne devrait pas être utilisé dans «des contextes politiques ou sociaux», rapporte Politico. Dave Minthorn, en charge des règles de l'Associated Press, explique au site:

«L'homophobie particulièrement, ça ne va pas. C'est attribuer une maladie mentale à quelqu'un, et ça suggère que nous avons des informations que nous n'avons pas. Ça ne semble pas correct. A la place, on utilisera des termes plus neutres: anti-gay, ou quelque chose de ce genre [...] Nous voulons être précis et justes et neutres dans notre langage.»

Le psychologue à l'origine du terme «homophobie», George Weinberg, n'est pas d'accord avec cette décision. Quand il a trouvé ce mot, en 1972, «ça a fait une énorme différence pour les conseils municipaux et les autres personnes à qui je parlais», explique-t-il au journaliste Andy Humm:

«Ça encapsule tout un point de vue et un sentiment. C'est un mot qu'on a lutté pour utiliser, comme vous pouvez l'imaginer. Ça m'a apporté des menaces de mort. L'homophobie est-elle toujours basée sur de la peur? Je le pensais et je le pense toujours. Peut-être sur de l'envie dans certains cas, mais c'est une question psychologique [...] Il me semble curieux qu'on scrute autant ce mot alors que d'autres comme "triskaidekaphobie" (la peur du nombre 13) se baladent.»

Sur Slate.com, Nathaniel Frank estime qu'interdire l'utilisation du mot «homophobie» est une erreur. Il rappelle que le terme a été défini quand des psychologues comme Weinberg se sont aperçus que leurs collègues avaient des réactions extrêmement fortes aux personnes homosexuelles, «bien plus irrationnelles, il semblait, que leurs réactions à d'autres groupes hors du courant dominant». Le biais anti-gay est aujourd'hui bien mieux défini, note-t-il, et il est bien fondé sur une peur irrationnelle.

Nathaniel Frank rappelle que «les militants anti-gays ne sont pas passifs»:

«Ils arguent que les personnes homosexuelles menacent leur mode de vie et qu'on devrait en avoir peur. La forme de ces arguments a changé au fil du temps. Avant (et parfois encore maintenant), ils disaient que les gens gay étaient malades mentalement, faibles moralement et transportaient des maladies –pour soutenir des lois qui empêcheraient les homosexuels de les infecter eux et leurs familles. Aujourd'hui ils disent davantage que l'égalité LGBT détruira la santé du pays en affaiblissant ses valeurs et ses défenses –pour soutenir des lois qui empêcheraient les homosexuels d'infecter leurs institutions.

C'est une des raisons qui expliquent que les tribunaux –qui ont besoin d'un “fondement rationnel” pour des lois anti-égalité– passent leur temps à s'opposer aux lois anti-gays. Ils ont conclu que l'accès égal au service militaire et au mariage ne crée pas, dans les faits, les maux que craignent les militants anti-égalité qui, du coup, exprimaient des peurs irrationnelles.»

Conclusion de Frank: ceux qui continuent d'insister que les personnes homosexuelles sont une menace font preuve d'une peur irrationnelle. Ou homophobie.

Tous ceux qui s'opposent aux droits des LGBT ne sont pas phobiques estime-t-il, et il est sans doute sage d'arrêter de balancer le terme «homophobe» à tout va, vu qu'insulter les gens est rarement un moyen efficace de les faire changer d'avis.

«Mais une partie des sentiments anti-gay relève de la phobie, et cette phobie est la base de politiques anti-gay qui bloquent l'accès à l'égalité de millions de personnes à cause de peurs irrationnelles. Dans son effort journalistique d'apparaître neutre, l'Associated Press risque de faire partie du problème.»

Cécile Dehesdin
Cécile Dehesdin (610 articles)
Rédactrice en chef adjointe
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