France

Echec de la médiation Juppé/Copé/Fillon et plaintes en vue: l'UMP menace de se «suicider en direct»

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 26.11.2012 à 1 h 33

la une du Figaro du lundi 26 novembre.

la une du Figaro du lundi 26 novembre.

Désaccords au sommet, menaces de scission et procédures judiciaires en vue, l'UMP est au bord de l'implosion, une semaine après le scrutin contesté du 18 novembre, au point que Le Figaro titre, ce lundi 26 novembre: «UMP: suicide en direct». «Ci-gît l'UMP», clame le Nouvel Observateur. «Une odeur de mort flotte à l'UMP», renchérit Le Point.

Dimanche soir, Alain Juppé a rencontré Jean-François Copé et François Fillon à l'Assemblée nationale, après une semaine de crise ouverte entre les deux camps, mais a vite annoncé, un peu avant 20 heures, que les conditions pour une médiation n'étaient «pas réunies» et sa mission en conséquence «achevée». Peu après, François Fillon a lui fait part de son intention de saisir la justice «pour rétablir la vérité des résultats et rendre la parole aux militants», tandis que Jean-François Copé en appelait à la commission des recours.

Selon le Journal du dimanche et Le Point, la réunion aurait duré 25 minutes dans une ambiance «tendue», et aurait notamment été marquée par la réplique suivante de Jean-François Copé envers Alain Juppé:

«Tout ça n'est pas raisonnable. Ta médiation est biaisée.»

Réponse d'Alain Juppé:

«Jean-François, tu prends tes responsabilités, et tu fais prendre de gros risques au parti, je le regrette profondément.» 

Le maire de Bordeaux avait défini les conditions d'une médiation sous quinze jours lors d'une conférence de presse vendredi: cinq médiateurs, dont deux désignés par lui-même et un par chacun des rivaux; désignation par les médiateurs d'un observateur des travaux de la commission des recours; pas de réunion de la commission avant la mise en place de la médiation; retrait des pro-Copé et pro-Fillon de la commission; fin des attaques personnelles. «Je me place dans l'espoir de réussir même si j'ai très peu de chances», avait-il expliqué dimanche matin lors du Grand rendez-vous Europe 1/Le Parisien/i>Télé.

«Si Copé refuse la médiation, il faut se tirer»

Dimanche matin également, les représentants de François Fillon au sein de la commission des recours, Eric Ciotti et Eric Berdoati, avaient claqué la porte en contestant sa légitimité, et se sont vus en retour reprocher une «désertion» par Me Francis Szpiner, partisan de Jean-François Copé. D'après Le Point, la commission pourrait proclamer des résultats dès lundi, mais François Fillon a lui promis à quelques proches une «initiative forte» le même jour.

Selon l'agence Reuters, sa plainte au civil pourrait entraîner en retour une plainte pénale pour «faux et usage de faux» de Jean-François Copé, qui bloquerait ainsi la procédure civile.

Le JDD évoquait dimanche matin l’hypothèse, qui commençait «à faire son chemin», d’un nouveau vote au printemps, avec une direction intérimaire entretemps —selon un sondage Ifop pour le journal, 67% des sympathisants UMP seraient partisans de cette solution.

Mais celle-ci semble donc désormais peu probable, et céder le pas à une autre hypothèse, la scission. Toujours selon le JDD, François Baroin, soutien de Fillon, aurait lancé jeudi:

«Si Copé refuse la médiation, il faut se tirer. On n’a plus rien à faire avec lui.»

Avantages et inconvénients de la scission

Les risques de scission sont-ils réels? Deux blogueurs ont examiné la question, avec des conclusions plutôt divergentes.

Laurent de Boissieu, journaliste à La Croix, estime sur son blog iPolitique que «l'UMP n'éclatera pas» car François Fillon y aurait «tout à perdre»:

  • Il serait peu probable qu’il réussisse à entraîner les contestataires derrière lui à moins de 18 mois des élections municipales.
  • Ceux qui partiront risquent plutôt de rejoindre l’UDI de Jean-Louis Borloo (qui a d’ailleurs affirmé au JDD que son parti est «en ordre de marche» et que «l’avenir, c’est le centre droit»).
  • Le nouveau parti n’aurait droit à aucune aide au titre de la première fraction du financement public (qui dépend du score aux législatives) et ne pourrait récupérer une partie de la seconde fraction (d'un montant de 42.000 euros par parlementaire, qui ont cette année jusqu'au 30 novembre pour se rattacher à une formation) qu’en s’affiliant à un parti qui a droit à la première.
  • Fillon aura une seconde chance de récupérer la présidence lors du prochain congrès, en 2015.

L’assistant parlementaire Authueil affirme lui que «la scission n'est plus une hypothèse d'école» et y voit «même des aspects positifs»: cela permettrait une recomposition de la droite autour d’un schéma proche de celui des années 90, avec l’UMP copéiste dans le rôle du RPR, l’UDI dans celui de l’UDF et le parti filloniste dans celui de Démocratie libérale, et cette recomposition aurait lieu suffisamment tôt pour tenir la primaire de 2016 dans une ambiance moins délétère.

«Le réacteur nucléaire a explosé»

Une ambiance qu'a par ailleurs résumée d'une formule saisissante un ancien ministre cité par Le Figaro :

«Le réacteur nucléaire a explosé et irradie tous ceux qui s'approchent de lui. Nous ne pourrons intervenir qu'avec un maximum de précaution. Sans quoi nous finirons par rejoindre le champ des morts.»

Et même ceux qui, jusqu'ici restaient à l’écart du réacteur finissent par être touchés, tel Nicolas Sarkozy, qui essuie un tir d’ogive nucléaire du Monde dans son éditorial du week-end. Le quotidien réclame à la droite française de «tourner la page du sarkozysme», en comparant l’ancien président de la République à Ségolène Royal post-2007, et en disant de lui qu'il «a échoué, se montrant incapable de réaliser la rupture promise, tandis que son tempérament, qui a crispé toute la société française, l'a disqualifié».

En fin d'après-midi, dimanche, l'entourage de l'ancien chef de l'Etat a fait savoir à l'AFP que ce dernier était «favorable à toute initiative qui peut permettre de régler la situation» et était «en contact téléphonique avec Alain Juppé». Selon i>Télé, il devrait déjeuner lundi avec François Fillon.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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