France

La médiation Juppé échoue, l'UMP au bord de l'implosion

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 25.11.2012 à 20 h 02

Comme prévu, après une semaine de crise ouverte entre les partisans de Jean-François Copé et ceux de François Fillon, la journée du dimanche 25 novembre a été animée à l'UMP, plus que jamais au bord de l'implosion.

Dimanche matin, les représentants de François Fillon au sein de la commission des recours, Eric Ciotti et Eric Berdoati, ont claqué la porte en contestant sa légitimité, et se sont vus en retour reprocher une «désertion» par Me Francis Szpiner, partisan de Jean-François Copé. Dans la soirée, Alain Juppé a rencontré les deux belligérants, entre qui il était chargé de jouer les médiateurs, à l'Assemblée nationale, mais a vite annoncé un peu avant 20 heures, dans un communiqué à l'AFP, que les conditions pour une médiation n'étaient «pas réunies» et sa mission en conséquence «achevée».

Le maire de Bordeaux avait défini les conditions d'une médiation sous quinze jours lors d'une conférence de presse vendredi: cinq médiateurs, dont deux désignés par lui-même et un par chacun des rivaux; désignation par les médiateurs d'un observateur des travaux de la commission des recours; pas de réunion de la commission avant la mise en place de la médiation; retrait des pro-Copé et pro-Fillon de la commission; fin des attaques personnelles.

«Je me place dans l'espoir de réussir même si j'ai très peu de chances», avait-il expliqué dimanche matin lors du Grand rendez-vous Europe 1/Le Parisien/i>Télé.

Risques et bénéfices de la scission

Le JDD a évoqué l’hypothèse, qui «commence à faire son chemin», d’un nouveau vote au printemps, avec une direction intérimaire entretemps. Selon un sondage Ifop pour le journal, 67% des sympathisants UMP veulent de ce nouveau vote.

Par ailleurs, toujours selon le JDD, François Baroin, soutien de Fillon, aurait lancé jeudi:

«Si Copé refuse la médiation, il faut se tirer. On n’a plus rien à faire avec lui.»

Les risques de scission sont-ils réels? Deux blogueurs examinent la question, avec des conclusions plutôt divergentes.

Laurent de Boissieu, journaliste à La Croix, estime sur son blog iPolitique que «l'UMP n'éclatera pas» car François Fillon y aurait «tout à perdre»:

  • Il serait peu probable qu’il réussisse à entraîner les contestataires derrière lui à moins de 18 mois des élections municipales.
  • Ceux qui partiront risquent plutôt de rejoindre l’UDI de Jean-Louis Borloo (qui accorde d’ailleurs une interview au JDD en affirmant que son parti est «en ordre de marche» et que «l’avenir, c’est le centre droit»).
  • Le nouveau parti n’aurait droit à aucune aide au titre de la première fraction du financement public (qui dépend du score aux législatives) et ne pourrait récupérer une partie de la seconde fraction (qui dépend du nombre de parlementaires) qu’en s’affiliant à un parti qui a droit à la première.
  • Fillon aura une seconde chance de récupérer la présidence lors du prochain congrès, en 2015.

L’assistant parlementaire Authueil affirme lui que «la scission n'est plus une hypothèse d'école» et y voit «même des aspects positifs»: cela permettrait une recomposition de la droite autour d’un schéma proche de celui des années 90, avec l’UMP copéiste dans le rôle du RPR, l’UDI dans celui de l’UDF et le parti fillonniste dans celui de Démocratie libérale, et cette recomposition aurait lieu suffisamment tôt pour tenir la primaire de 2016 dans une ambiance moins délétère.

«Le réacteur nucléaire a explosé»

Une ambiance que résume par ailleurs d'une formule saisissante un ancien ministre cité par Le Figaro :

«Le réacteur nucléaire a explosé et irradie tous ceux qui s'approchent de lui. Nous ne pourrons intervenir qu'avec un maximum de précaution. Sans quoi nous finirons par rejoindre le champ des morts.»

Et même ceux qui, jusqu'ici restaient à l’écart du réacteur finissent par être touchés, tel Nicolas Sarkozy, qui essuie un tir d’ogive nucléaire du Monde dans son éditorial du week-end. Le quotidien réclame à la droite française de «tourner la page du sarkozysme», en comparant l’ancien président de la République à Ségolène Royal post-2007, et en disant de lui qu'il «a échoué, se montrant incapable de réaliser la rupture promise, tandis que son tempérament, qui a crispé toute la société française, l'a disqualifié».

En fin d'après-midi, dimanche, l'entourage de l'ancien chef de l'Etat a fait savoir à l'AFP que ce dernier était «favorable à toute initiative qui peut permettre de régler la situation» et était «en contact téléphonique avec Alain Juppé».

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (943 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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