Économie

Le Financial Times Deutschland, chronique de la mort annoncée d'un journal économique pas comme les autres

Temps de lecture : 2 min

une une du Financial Times Deutschland.
une une du Financial Times Deutschland.

Le Financial Times Deutschland paraîtra pour la dernière fois le 7 décembre prochain, a annoncé, vendredi 23 novembre, la direction de Gruner + Jahr, la maison d'édition du quotidien économique couleur saumon, confirmant les bruits qui couraient depuis quelques jours dans la presse allemande, rapporte le Spiegel.

Quelques semaines après le choc provoqué par l'annonce du dépôt de bilan d'un autre grand quotidien, le Frankfurter Rundschau, celle de la mort programmée du FT Deutschland, unique concurrent de l'historique Handelsblatt dans le domaine des quotidiens économiques, ravive le spectre de la crise de la presse en Allemagne. Un pays qui compte pourtant aujourd'hui encore huit grands quotidiens fédéraux et où les journaux en imposent: contrairement aux quotidiens français ou espagnols, ils n'ont ni rapetissé ni maigri ces dernières années.

Mais le jeune quotidien économique était en proie à de grandes difficultés financières. Comme l'a déclaré vendredi matin Julia Jäkel, responsable du marché allemand chez Gruner + Jahr, citée par le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung:

«Les quotidiens sont sous pression, ceux du segment économique tout particulièrement. Le Financial Times Deutschland enregistre des pertes depuis sa création en l'an 2000. Face à cette situation, nous ne voyons pas de possibilité de continuer à le soutenir.»

D'après des informations du Spiegel, ce déficit atteindrait un montant de 250 millions d'euros. Une des grandes faiblesses du FT Deutschland est qu'il a désormais plus de lecteurs parmi les passagers de la Lufthansa, qui le reçoivent gratuitement à l'embarquement, que d'abonnés, et seulement 3.000 lecteurs qui l'achètent en kiosque chaque jour, explique le Spiegel.

Émue et solidaire, la presse allemande salue à l'unanimité la grande qualité journalistique du quotidien, tout comme le style impertinent qu'il a réussi à imposer dans le domaine d'ordinaire pas très fun de la presse économique. Comme l'écrit le Spiegel:

«Ici, ce n'étaient pas les porte-étriers de l'establishment qui écrivaient leur blabla progouvernemental comme dans tant d'autres rubriques économiques. Ici, les nouveaux venus affamés mettaient à mal les rituels vieille Allemagne du pouvoir.

Chaque jour, c'était la devise du rédacteur en chef Gowers, un sujet que "quelqu'un préfèrerait ne pas lire" devait figurer dans le FTD. Une exigence à laquelle il a satisfait la plupart du temps, associée à une bonne dose de légèreté et d'ironie.

Ce qui lui a rapidement valu la réputation chez les communicants d'être un journal "pas sérieux". Ce qui est bien le plus beau compliment qu'on puisse faire à un journaliste économique sérieux.»

Le quotidien de gauche Tageszeitung, célèbre pour ne pas avoir la langue dans sa poche, fait lui aussi le plus beau compliment qu'il puisse faire à l'un de ses confrères:

«Dans le fond, le [FT Deustchland] n'est pas moins chaotique, effronté, pluraliste et créatif que le [Tageszeitung].»

Sur le site web du FT Deutschland lui-même, les messages de soutien de lecteurs affluent par dizaines, attristés de voir disparaître un journal «unique», «non conventionnel», «rebelle», avec «ses titres, ses graphiques, son style, son flegme, son esprit, ses photos».

En somme, l'aventure du quotidien rose saumon, depuis sa création dans le faste au début des années 2000 sous l'égide de son grand frère britannique —dont il s'est ensuite émancipé— à sa mort annoncée sur fond de crise économique, est le reflet de la situation des marchés financiers en Allemagne, estime le Spiegel.

Les débuts du quotidien coïncidaient en effet avec la dérégulation des marchés financiers, la privatisation des grandes entreprises d'État, le boom d'Internet, fait-il remarquer:

«Le mélange de confiance dans les marchés financiers et de foi dans le progrès qui enivrait l'Allemagne lors du changement de millénaire a l'air aujourd'hui d'un cocktail appartenant à une autre ère.»

Pas étonnant donc, dans un contexte économique sinistré, qu'un des fleurons du libéralisme s'effondre. Comme le résume le Spiegel:

«Plutôt que des actions, on préfère aujourd'hui s'acheter une petite maison avec un jardin.»

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