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Europe: le Royaume-Uni a un «german problem»

Annabelle Georgen, mis à jour le 22.11.2012 à 17 h 46

David Cameron adresse un discours lors du congrès du Parti conservateur écossais, mars 2012. REUTERS/David Moir

David Cameron adresse un discours lors du congrès du Parti conservateur écossais, mars 2012. REUTERS/David Moir

Après que le Premier ministre britannique David Cameron a défendu ce jeudi 22 novembre au matin avec ardeur le fameux «rabais britannique» à Bruxelles, lors du sommet consacré au budget de l'Union européenne pour la période 2014-2020, la presse allemande s'inquiète de la tentation sécessionniste qui se profile derrière le refus de plus en plus catégorique des Anglais de cracher au bassinet de l'UE.

Bien que Cameron lui-même ne défende pas l'idée d'un retrait du Royaume-Uni – comme le rappelle le quotidien bavarois Süddeutsche Zeitung, «ce n'est pas un grand ami de l'Europe, mais c'est un grand partisan du marché intérieur», celui-ci est tiraillé d'une part entre son pragmatisme économique et d'autre part un euroscepticisme qui a le vent en poupe au sein de son propre parti.

Ce dilemme est aussi étroitement lié au fameux «german problem», estime Die Zeit. Depuis la chute du Mur et la réunification de l'Allemagne, les Anglais n'ont cessé de la voir comme une menace, rappelle l'hebdomadaire hambourgeois:

«Nulle part ailleurs l'inquiétude du retour d'un nationalisme allemand agressif n'a été énoncée aussi crument qu'en Grande-Bretagne. De nombreux Anglais voyaient dans l'union monétaire et le projet d'intégration de la ever closer Union une «combine allemande» pour reprendre les mots de Nicolas Ridley, ministre du cabinet Thatcher, afin d'atteindre avec des moyens financiers ce qu'Hitler n'avait pas réussi avec des moyens militaires.»

Le german problem est aujourd'hui de retour, selon Die Zeit, qui s'agace du sentiment antiallemand qui règne aujourd'hui au sein de l'UE:

«Les nations de l'Europe, au premier rang desquelles les Britanniques, observent avec suspicion la façon dont agit l'Allemagne. Ils observent avec inquiétude le rôle embarrassant de Berlin lors du conflit libyen, critiquent «l'hégémonie européenne indignée» et s'imaginent pouvoir distinguer un inquiétant penchant allemand à vouloir emprunter un Sonderweg. Exemple: la transition énergétique et la sortie du nucléaire. D'un autre côté, ils attendent bien évidemment de Berlin qu'elle soit prête à préserver les pays méditerranéens de la banqueroute dont ils sont les propres responsables et d'une sortie de la zone euro

Mais si l'avenir du Royaume-Uni au sein de l'UE ne se jouera certainement pas cette semaine à Bruxelles, la prudence est tout de même de mise, estime le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung,

«Du côté des États membres, on est prudent, en particulier à Berlin. La chancelière a fait savoir au début du mois qu'elle ne pouvait pas s'imaginer l'UE sans la Grande-Bretagne. De nombreux responsables politiques allemands sont conscients que l'Europe perdrait beaucoup de poids sur la scène internationale si les Britanniques, si forts sur le plan militaire, suivaient leur propre chemin.»

Annabelle Georgen
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