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Les algorithmes de Facebook ou Google sont une autre forme de censure

Cécile Dehesdin, mis à jour le 20.11.2012 à 10 h 40

Câble / jmarty via FlickrCC Licence by

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Derrière l'image présentée par la Silicon Valley, qui aime se voir comme un bastion des libertés hyper-tolérant, se cache une culture profondément conservatrice aux normes désuettes imposées à des milliards d'utilisateurs dans le monde, affirme Evgeny Morozov dans une tribune du New York Times.

Morozov, qui écrit régulièrement pour Slate.com, est un spécialiste d'Internet et plus particulièrement de son rapport aux libertés et aux droits civiques (son prochain livre s'intitule To Save Everything, Click Here: The Folly of Technological Solutionism– Pour tout sauver, cliquez ici: la folie du solutionisme technologique).

Il argue dans cette tribune que les algorithmes qui déterminent automatiquement les limites de ce qui est acceptable culturellement sont les véhicules de ces normes. En guise d'exemple, on n'a qu'à se rappeler le New Yorker se faisant bloquer par Facebook à cause des règles du réseau sur «la nudité et le sexe», tout ça à cause d'un dessin d'Eve et d'Adam dans le jardin d'Eden, où on voyait les seins d'Eve. Le réseau a également régulièrement censuré des pages utilisant L'origine du monde, du peintre Courbet, ou empêché l'utilisation de mots comme «palestinien» dans la création de pages.

On a beaucoup parlé de la fonction «autocomplete» de Google, qui suggère à l'internaute des termes de recherche complémentaires quand il commence à taper quelque chose dans le moteur, notamment à cause du mot «juif» associé par Google à des personnalités. Mais Morozov note que cette même fonction révèle la pudibonderie de Google, qui refuse d'associer des mots à de nombreux termes comme «pénis», «vagin», «bisexuel», «lolita» (le site 2600 a établi la liste noire de Google –les mots sont en anglais mais plusieurs d'entre eux sont également censurés en français).

Un des problèmes des algorithmes est leur imbécilité, note le chercheur spécialisé dans les implications politiques et sociales de la technologie: ils sont incapables de faire la distinction entre le roman de Nabokov Lolita et la pornographie infantile, et présument que vous cherchez la seconde. Morozov s'interroge:

«Pourquoi est-ce que les compagnies technologiques ne nous laissent pas utiliser librement des termes qui profitent déjà d'une large circulation et légitimité? Est-ce qu'ils se transforment en nos nouveaux gardiens?»

Une solution pour arrêter de considérer les algorithmes comme des reflexions objectives et naturelles de la réalité et examiner chacune de leurs lignes de code serait de proposer des audits de ces algorithmes, propose Morozov. La Silicon Valley n'aurait ainsi pas à les révéler au grand public mais simplement à les partager avec les auditeurs. Une solution qui peut sembler drastique, mais qui est proportionnelle au pouvoir des entreprises sur notre culture, et qui les forcerait à «accepter l'idée que leur fonction de définisseurs de de culture est accompagnée d'une grande responsabilité».

Cécile Dehesdin
Cécile Dehesdin (610 articles)
Rédactrice en chef adjointe
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