Gaza: avec Ahmed al-Jabari, Israël a tué un de ceux qui maintenaient sa sécurité

Jabari Was Hamas's Bin Laden / The Israel Project via FlickrCC License by

Alors qu’Israël a tué chef de la branche armée du Hamas Ahmed al-Jabari à la suite de frappes aériennes sur Gaza, et que le Hamas réplique par des dizaines de tirs de roquettes qui ont déjà provoqué la mort de plusieurs israéliens, le quotidien israélien de référence Haaretz (centre-gauche) remet en cause le discours officiel d’Israël et des médias internationaux qui ont présenté Ahmed al-Jabari comme un terroriste et sa mort comme une nouvelle positive.

Haaretz explique qu’il était en réalité «un sous-traitant, dont le rôle était de maintenir la sécurité d’Israël à Gaza»:

«Ce titre va sans doute paraître absurde pour quiconque a vu ces dernières heures Jabari décrit comme "une figure du terrorisme", "Le chef d’Etat-major de la terreur" ou "notre Ben Laden". Mais c’était la réalité pendant cinq ans et demi. Israël a demandé au Hamas de respecter la trêve dans le Sud et de la faire respecter par la multitude d’organisations armées de la bande de Gaza. L’homme qui se chargeait d’appliquer cette politique était Ahmed al-Jabari.»

Sur Slate.fr, Jacques Bénillouche expliquait en août que le Hamas était en train de se normaliser et de se convertir au pragmatisme, avec pour conséquence le renoncement à la lutte armée au profit de la paix pour éviter les bombardements israéliens sur Gaza mais aussi pour permettre les investissements étrangers, notamment qataris. Le Hamas peine pourtant à contenir les autres organisations islamiques de Gaza:

«Si le Premier ministre du Hamas contrôle parfaitement ses troupes, il est incapable d’avoir la main sur tous les groupuscules islamiques et en particulier ceux qui reçoivent leurs ordres d’Iran, les salafistes et les militants d’al-Qaida qui restent totalement indépendants du Hamas.»

Parmi ces organisations, le Djihad islamique , soutenu par l'Iran et la Syrie, devenu le 2e plus gros mouvement islamiste (après le Hamas), et dont les tirs de roquettes fréquents menacent la trève avec Israël et défient l’autorité du Hamas à Gaza.

C’est donc l’échec du Hamas à contrôler la frontière sud d’Israël et les autres organisations de Gaza qui aurait mené à l’assassinat d’Ahmed al-Jabari par Tsahal, explique Haaretz, «bien qu'il n’y ait aucun intérêt à l’escalade [de la violence]». Haaretz résume sévèrement le raisonnement qui a mené Israël à tuer Jabari:

«Le message était simple et clair: "Si tu échoues, t’es mort". Ou, comme le ministre de la Défense Ehud Barak se plaît à dire: "Au Moyen-Orient, il n’y a pas de seconde chance pour les faibles."»

Mais alors pourquoi avoir tué un garant (ou du moins un facteur) de la stabilité à Gaza? Haaretz y voit «une intervention militaire tape-à-l’oeil de plus initiée par un gouvernement sortant à l’approche d’élections».

Un conflit armé permet d’effacer les problèmes socio-économiques du débat, et de créer un phénomène d’union nationale et de soutien à l’armée et par extension au gouvernement en place engagé dans le conflit, ce qui en période électorale peut s’avérer décisif, explique Haaretz:

«A chaque fois que le parti au pouvoir se sent menacé par les urnes, il met le doigt sur la gâchette.»

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