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L'armée américaine incapable de gérer ses documents militaires en Irak et en Afghanistan

France Ortelli, mis à jour le 12.11.2012 à 18 h 44

8th US Army / Expert Infantry via Flickr CC License by

8th US Army / Expert Infantry via Flickr CC License by

L’armée américaine a perdu de nombreux documents militaires sur les guerres d’Irak et d’Afghanistan, selon une enquête publiée par deux journalistes de ProPublica et du Seattle Times.

En effet, un problème de création et d’archivage des données de terrain sévirait au sein de l’armée américaine depuis la guerre du Golfe, et se serait révélé particulièrement prégnant durant les premières années de la guerre d’Irak. L’armée ainsi que le United States Central Command (Centcom) auraient ainsi perdu ou détruit des dossiers très importants sur les guerres d’Irak et d’Afghanistan.

L’enquête dévoile les raisons de ces pertes:

  • Le système de collecte de données inadéquat et la transition entre le papier et l’ordinateur au début des années 90 auraient généré des problèmes.
  • Pour une question de sécurité, certains chefs militaires ont ordonné d’effacer les disques durs des ordinateurs avant leur redéploiement aux Etats Unis, détruisant à jamais les informations qu’ils contenaient.
  • Des désaccords entre le United States Central Command et les forces armées des Etats-Unis ont abouti à un manque de coordination.

L’enquête révèle notamment une confusion sur la responsabilité de la tenue des dossiers et leur transport au quartier général des troupes américaines entre l’armée américaine et le Centcom à Bagdad. En conséquence, certaines troupes auraient effacé des disques durs avant d’effectuer leur rotation.

À l'été 2009, par exemple, «des personnes haut placées» auraient ordonné à la 81e brigade de la Garde nationale de l’Etat de Washington d’effacer les disques durs avant de les laisser aux troupes de remplacement en Irak. Le capitaine Keith Kosik, porte-parole de la Garde, l'a admis:

«Cela faisait partie de notre "to do list" avant de quitter le pays.»

La perte de ces données a eu de profondes conséquences. D’abord, elle a compliqué les demandes de prestations d’invalidité de certains soldats, dont l’activité et les blessures de guerre ne sont plus prouvées —les véterans d'Irak et d'Afghanistan qui ne figurent pas dans les rapports restants doivent prouver leurs blessures à l’aide de témoignages d’autres soldats, rallongeant ainsi de plusieurs mois voire plusieurs années le début de la perception de leur pension d’invalidité. Cela a aussi rendu la tâche très difficile aux stratèges militaires pour tirer des leçons des guerres d’Irak et d’Afghanistan.

Conrad C. Crane, directeur de l’Institut d’histoire militaire de l’armée américaine, a déclaré :

«Je crains que nous ne sachions jamais vraiment ce qui s’est passé en Irak et en Afghanistan, car nous n’avons pas les dossiers.»

Après avoir examiné les conclusions de l'enquête de ProPublica et du Seattle Times, la sénatrice Patty Murray, présidente du Comité sénatorial permanent chargé du dossier des anciens combattants de guerre, s'en est inquiétée:

«Les vétérans d’Irak et d’Afghanistan incapables de prouver l'emplacement et les fonctions de leurs unités militaires pourraient faire face au même type de problèmes rencontrés par les vétérans de la Guerre froide exposés à des radiations, les anciens combattants du Vietnam exposés aux herbicides ou les vétérans de la guerre du Golfe exposés à divers risques environnementaux.»

France Ortelli
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