Culture

Comment la société numérique et consumériste nous infantilise

Temps de lecture : 2 min

Baby/M Glasgow via Flickr CC License by

Le tout numérique et le consumérisme effréné sont en train de produire une société hédoniste et régressive, peuplée d'adultes qui ressemblent à des enfants à qui on aurait donné une carte de crédit, s'inquiète le journaliste Edo Reents, un des chefs du Feuilleton, le service culture du quotidien conservateur allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung:

«Nous sommes tous en train de devenir des enfants; le monde des adultes, dont les signes de distinction sont la raison, la maîtrise de soi, la discrétion et en général la prévenance, est en train de fondre comme la banquise. Et cette infantilisation, à la différence d'autrefois, n'est aujourd'hui plus seulement palpable de l'intérieur, mais elle est aussi structurelle.

Il ne s'agit plus seulement du fait que parmi les livres les plus lus et les films les plus vus se trouvent de plus en plus de livres et de films destinés aux enfants et aux adolescents, ce qui est déjà préoccupant; ou bien du fait que des gens âgés vont avec leurs enfants ou leurs petits-enfants à des concerts de pop et s'habillent comme des jeunes. Il s'agit désormais de structures et de modèles de comportement, le comment, pas le quoi.»

Selon le journaliste, les responsables de cette infantilisation de la société sont les industries de la publicité et du divertissement, parce qu'elles créent des besoins artificiels chez des groupes de personnes de plus en plus vastes:

«Beaucoup de choses qui sont fabriquées aujourd'hui le sont comme l'étaient autrefois certains jeux Ravensburger: de 6 à 99 ans. […] L'industrie a entre temps perfectionné ses méthodes et elle modèle de façon systématique une société dans laquelle les signes distinctifs des différents groupes d'âges ont disparu. On le voit déjà avec le groupe cible «pertinent pour la publicité» de personnes âgées entre 14 et 49 ans, accepté comme s'il s'agissait d'une loi naturelle – quel groupe hétérogène on met dans un même sac avec des besoins identiques!»

Le succès auprès des gens âgés des modèles de voiture autrefois estampillés «jeunes» tels que la Golf GTI, le culte des objets rétro qui rappellent à ceux qui les achètent leur propre enfance, le logo coloré de Google au parfum d'innocence, les nouveaux produits Apple qui font l'objet d'une couverture digne de grands événements politiques dans les médias ou encore le bouton «j’aime» de Facebook sont pour lui autant de symptômes d'une société bloquée dans l'enfance:

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«Et Apple, Google et Facebook tout comme l'industrie des marchandises tout entière veillent déjà à ce que cela continue, jusqu'à ce qu'un jour nous ne puissions plus nous concentrer sur quoi que ce soit, parce que nos mains s'étendront sur toutes les pages de ce monde coloré et idiot, comme les enfants surexcités qui n'arrivent plus à trouver le sommeil.»

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