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Si Obama perd, ce sera la faute de sa politique pas du racisme

Slate.fr, mis à jour le 03.11.2012 à 9 h 12

Barack Obama au barrage Hoover à Boulder City, dans le Nevada, le 2 octobre 2012. REUTERS/Kevin Lamarque

Barack Obama au barrage Hoover à Boulder City, dans le Nevada, le 2 octobre 2012. REUTERS/Kevin Lamarque

Seulement 38% des Américains se déclaraient prêts en 1958 à voter pour un candidat noir à la présidentielle. Vingt ans auparavant, seulement 33% se déclaraient prêts à voter pour une femme à la présidentielle, 46% pour un juif et 60% pour un catholique. En juin 2012, selon un sondage Gallup, 96% des Américains déclarent être prêts à voter pour un candidat noir nominé par leur parti, 95% sont prêts à le faire pour une femme, 94% pour un catholique, 91% pour un juif, 92% pour un candidat hispanique et 68% pour un gay ou lesbien.

Alors bien sûr le racisme n'a pas disparu par enchantement aux Etats-Unis. Un sondage de AP montre que les préjugés, notamment envers les noirs, existent toujours. Mais pour Reason Magazine, il faut éviter le simplisme et les explications faciles. Le racisme a aujourd'hui un impact limité sur la vie politique et plus important sur les résultats des élections aux Etats-Unis. «Bien sûr le tribalisme politique atavique n'a pas été complétement vaincu. En 1960, près de 80% des Catholiques avaient voté pour Kennedy et en 2008, 95% des Africains-Américains ont voté pour Barack Obama. Pour autant, les chiffres du sondage Gallup et les résultats des élections montrent clairement que les divisions ethniques et religieuses disparaissent et qu'une seule tribu américaine est en train de naître». Comme Gallup le souligne: «Les Américains de toutes les affiliations politiques sont presque unanimes à déclarer qu'ils peuvent voter pour un président noir, catholique, femme, hispanique ou juif

Reason Magazine ajoute que «compte tenu des horribles injustices de l'esclavage, ce n'est pas une surprise si la question de race continue à fasciner dans la politique américaine et continue à hanter les imaginations des professeurs, commentateurs et sondeurs. Pour autant, comme le montre les chiffres de Gallup, la question de race est devenue accessoire pour la très grande majorité des électeurs américains

Les spécialistes politiques américains parlent toujours et encore de l'effet Bradley («Bradley Effect»). Cette expression remonte à 1982 quand le maire noir de Los Angeles, en tête dans les sondages de 14 points, a perdu à la surprise générale contre son adversaire républicain et blanc George Deukmejian. Selon les spécialistes de l'effet Bradley, certains électeurs blancs, craignant d'être considérés comme racistes, mentent quand ils sont interrogés par les sondeurs sur leurs intentions de vote. Cela est apparemment arrivé également à Douglas Wilder, le premier gouverneur noir de Virginie élu en 1989. Dans les derniers sondages avant le scrutin, Douglas Wilder menait de 10 points. Il l'a finalement emporté par 50,2% contre 49,8% avec une marge infime de 7000 voix.

Si l'effet Bradley a indéniablement existé, il s'est estompé au point de quasimment disparaître. Il n'a pas empêché l'élection en 2008 de Barack Obama et les sondages étaient parfaitemente exacts: 52% pour Obama avant le scrutin et au final 52,9% pour Obama. Pour les experts en politique américains, les questions de race qui étaient liées à la criminalité et aux questions sociales sont devenues beaucoup moins importantes depuis les années 1990, d'une part parce que la criminalité a baissé significativement aux Etats-Unis depuis deux décennies et parce que les niveaux de protection sociale sont plus élevés. «Si Obama perd», conclut Reason Magazine, «ce sera avant tout parce que les électeurs rejettent sa politique, pas sa race».

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