La gauche européenne a un sérieux problème avec les juifs

Au cimetière juif de Cronenbourg près de Strasbourg, le 27 janvier 2010. REUTERS/Vincent Kessler

François Hollande et Benjamin Netanyahou, le Premier ministre israélien, ont rendu hommage ensemble jeudi 1er aux victimes de Mohamed Merah, au collège-lycée Ozar Hatorah à Toulouse. Trois enfants et un enseignant ont été abattus le 19 mars. Mercredi 31 octobre à Paris, lors d'une conférence de presse, François Hollande a reconnu que l'antisémitisme grandissait en France et assuré de sa détermination à «pourchasser, poursuivre, éradiquer» ce fléau. Depuis la tuerie de Toulouse, les actes d'antisémitisme et leur gravité ont augmenté en France et Mohamed Merah est devenu pour les islamistes radicaux dans certains quartiers un héros. Il n'est plus possible aujourd'hui en France de nier l'antijudaïsme issu des communautés immigrés. Le site d'information Daily Beast y voit pour preuve l'incroyable succès sur le twitter français des anecdotes et autres propos antisémites.

Et le regard de la presse étrangère sur cet antisémitisme et sur les responsables de sa recrudescence n'est pas tendre. A commencer par celui du New York Times qui élargit la critique de la France à l'Europe entière et à la gauche européenne qui sous prétexte de critiques légitimes de la politique israélienne a longtemps refusé et refuse encore de reconnaître que l'antisionisme se confond souvent avec la haine des juifs.

«Aujourd'hui, une part importante de la gauche européenne se refuse à prendre une position claire quand l'antisionisme se transforme en antisémitisme. Depuis les années 1990, ils sont nombreux dans la gauche européenne à voir les minorités musulmanes grandissantes dans leurs différents pays comme le nouveau prolétariat et la cause palestinienne comme un outil de recrutement. La question palestienne est particulièrement attractive pour les enfants d'immigrants perdus entre les identités» écrit Colin Schindler, Professeur de l'école des études orientales et africaines de l'Université de Londres.

«Au cours des dernières années, la distinction entre juif, sioniste et israélien est devenue de plus floue. Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah libanais, a déclaré dans un propos devenu célèbre: «si nous cherchons dans le monde entier une personne plus lâche, plus méprisable, plus médiocre et plus faible dans son esprit, son psychisme, son idéologie et sa religion, nous ne trouverons personne comme le juif. Notez que je ne dis pas israélien»… Beaucoup d'islamistes contemporains ne voient pas de différence entre les juifs qui se sont opposés au prophète et à ses conquêtes au 7ème siècle et les juifs d'aujourd'hui… Importer les vieux symbôles de l'antisémitisme européen - la description des juifs comme les ennemis de Dieu et la proclamation de complots juifs mondiaux - ont aidé à cimenter cette image».

Et le New York Times de rappeler à la gauche européenne qu'elle s'est aussi construite dans la lutte contre le fascisme et l'antisémitisme et qu'un philosophe aussi prestigieux que Jean-Paul Sartre était capable à la fois d'être un opposant farouche au colonialisme et un défenseur du droit d'Israël à exister. «Sartre avait compris que le conflit israélo-arabe n'était pas simplement entre Israéliens et Palestiniens mais entre ceux dans les deux camps qui étaient en faveur de la paix et en faveur de la guerre…». Se refuser à faire cette distinction et préférer un manichéisme simpliste apporte d'une façon ou d'une autre des munitions à ceux qui attaquent des enfants et des synagogues.

 

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