Monde

Mur de Berlin: les passeurs accèdent enfin à la reconnaissance

Temps de lecture : 2 min

Le Mur de Berlin en 1986 / Wikimedia Commons
Le Mur de Berlin en 1986 / Wikimedia Commons

Quinze Allemands qui ont aidé des centaines d'Allemands de l'Est à fuir la RDA ont été décorés ce lundi 29 octobre de la croix du mérite, sous l'impulsion de Joachim Gauck, le président allemand. Une reconnaissance bien tardive, estime le quotidien berlinois Die Welt:

«Celui qui vient en aide aux autres de façon désintéressée mérite des éloges. Celui qui met en jeu sa propre liberté, voire sa propre vie, pour permettre à des proches, des amis ou de parfaits inconnus de vivre la vie qu'ils souhaitent, est considéré avec bon sens comme un héros. Il aura pourtant fallu attendre un demi-siècle pour qu'une distinction soit accordée à un groupe de passeurs de Berlin-Ouest et d'Allemagne de l'Ouest.»

Parmi ces hommes, plusieurs sont eux-mêmes d'anciens Allemands de l'Est qui se sont échappés en 1961, au moment de la construction du Mur. A l'instar de l'ex-champion de vélo Harry Seidel, un des ennemis les plus haïs du régime de la RDA, qui prit d'abord la fuite seul avant de revenir chercher femme et enfant.

Il consacra l'année suivante à aider ses concitoyens à fuir. Début 1962, il creusa un tunnel sous le Mur de Berlin, entre les quartiers de Neukölln et Treptow, qui reliait deux caves distantes de 18 mètres. Avec d'autres passeurs, il creusa ensuite plusieurs autres tunnels dans la même rue, par lesquels des dizaines d'Allemands parvinrent à gagner l'Ouest.

Comme le rappelle Die Welt, dans les premiers temps qui suivirent la construction du Mur, les passeurs ne demandaient pas d'argent aux réfugiés, tout au plus une petite participation aux frais.

La plupart de ces actions étaient motivées par des raisons idéologiques et par le souhait de sauver des membres de sa famille ou des amis. Une fois qu'un passage avait été utilisé pour faire passer des proches à l'Ouest, il était d'ailleurs en général ouvert à d'autres citoyens de la RDA. Mais cette forme de résistance est longtemps tombée dans l'oubli, et les passeurs ont été marginalisés, explique Die Welt:

«Les personnes concernées se taisaient, parce qu'à partir de 1964 environ, certains médias de l'Ouest ont publié des reportages très négatifs sur l'aide apportée à ceux qui voulaient fuir.»

Certains des passeurs n'ont pourtant pas attendu cette reconnaissance officielle pour parler de leur engagement, à l'instar de l'orthopédiste Burkhart Veigel, qui a publié en 2011 un livre sur ses années passées à faire des allers-retours entre l'Ouest et l'Est à bord d'une Cadillac qu'il avait aménagée de manière à ce qu'un adulte puisse se cacher couché entre le tableau de bord et le capot avant. Entre 1961 et 1970, il a ainsi aidé plus de 200 inconnus à fuir –plus de 650 au total en utilisant d'autres moyens. Comme il l'explique dans une interview au quotidien Neuss-Grevenbroicher Zeitung:

«J'étais l'un de ces passeurs extrêmement rares qui ne voulaient emmener aucune personne de leur connaissance à l'Ouest, parce que je n'avais aucuns proches ou amis à l'Est, et qui n'avaient pas souffert sous le régime. Mais je ne pouvais pas supporter que les gens soient obligés de vivre de façon si opprimée en RDA –enfermés par un mur, espionnés et massivement inquiétés par la Stasi, dotés de force de modèles de pensée qui étaient fixés par le SED [Parti socialiste unifié]. La liberté de pensée et au moins d'une partie du commerce est très importante pour moi, plus importante aussi que la sécurité.»

Annabelle Georgen Journaliste

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