Culture

Chine: le journalisme et les affaires ne vont pas toujours ensemble (tant pis pour les affaires)

Temps de lecture : 2 min

Wen Jiabao à Pékin en mai 2012. REUTERS/Petar Kujundzic
Wen Jiabao à Pékin en mai 2012. REUTERS/Petar Kujundzic

Le 25 octobre, quand le New York Times a mis en ligne, sur son site en chinois, un article expliquant que la famille du premier ministre chinois Wen Jiabao avait amassé des fortunes colossales (plus de deux milliards de dollars et notamment grâce à Jiabao), il a vu cette enquête censurée très vite. En quelques heures, le site en version anglaise et le site en version chinoise étaient tous deux bloqués en Chine: on n’attaque pas le premier ministre du pays, on n’alimente pas l’aigreur du peuple à l’égard des dirigeants fortunés en période de ralentissement économique et surtout de transition politique.

L’article en question fut donc bloqué, mais la publicité vendue par le New York Times ce jour-là pour la Chine (et qui aurait dû atteindre «des millions de lecteurs») le fut aussi explique le New York Times sur son blog The Public Editor. Cela intervient alors que la compagnie du quotidien américain (incluant le International Herald Tribune et le Boston Globe) vient d’annoncer (sur un autre de ses blogs) qu’au troisième trimestre 2012, les revenus publicitaires pour le papier avaient chuté de 10,9% et pour le Web de 2,2%.

Le blog The Public editor explique:

«Cet épisode est un exemple extrême d'un fait qui ne date pas d'hier dans le monde de la presse: le journalisme et les intérêts commerciaux ne vont pas toujours ensemble. Le Times a fait exactement ce que quiconque pouvait espérer de lui et attendre de sa part: il a publié un formidable article sans prêter une attention excessive aux conséquences commerciales sur le court-terme. Et, étant donnés les défis financiers que le journal doit affronter, et ses efforts colossaux pour devenir une organisation véritablement mondiale, cela demandait du courage».

Les annonceurs qui avaient acheté des pages de pub ont perdu de l'argent, ce qui met le département pub du New York Times dans une situation délicate. Mais pour le directeur de la publication, Arthur Sulzberger Jr il faut faire avec:

«Notre commerce à nous, c'est de publier du grand journalisme. Est-ce que cela a un impact commercial? Et bien oui».

Joseph Kahn, éditeur de la section International du Times, explique:

«Pour nous, c'est simplement du journalisme d'investigation, classique pour le New York Times. C'est le métier de journalistes. Pour [le gouvernement chinois] ce n'est pas le métier des journalistes. C'est précisément ce que les journalistes n'ont pas le droit de faire».

Kahn rappelle qu'en d'autres temps, les journaux ont eu à braver les autorités: c'était le cas pour les papiers du Pentagone. «Cette affaire-là pourrait être un avant-goût des papiers du Pentagone du futur».

Wen Jiabao, auparavant surnommé Papy Wen est devenu Wealthy Wen (Wen le riche, en anglais) rapporte RFI. Cette atteinte à son image publique l'a poussé à engager des avocats. Ceux-ci menacent le New York Times de poursuites judiciaires, alors qu'il est «très rare que les dirigeants chinois réfutent ainsi les informations des médias étrangers», selon RFI. Un communiqué rendu public samedi 27 octobre dans la soirée qualifie les révélations sur le patrimoine familial de Jiabao, de «mensonges».

Charlotte Pudlowski Rédactrice en chef de Slate.fr

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