Monde

Allemagne: un dirigeant du Parti pirate déclenche une guerre intestine

Annabelle Georgen, mis à jour le 27.10.2012 à 17 h 53

Signet der Piratenpartei / Piratenpartei Deutschland via Flickr CC Licence By

Signet der Piratenpartei / Piratenpartei Deutschland via Flickr CC Licence By

Nouveau coup de théâtre dans le conflit larvé qui gangrène le Parti pirate depuis des semaines, après que deux membres du bureau fédéral du parti, Julia Schramm et Matthias Schrade, viennent d'annoncer leur démission vendredi. Comme titre le Spiegel, «Le problème des Pirates s'appelle Ponader». Élu en avril dernier au poste de directeur du bureau fédéral des Pirates, ce dernier s'est mis à dos la majorité de ses camarades de parti cet été depuis qu'il collecte des dons auprès des électeurs à titre personnel.

Tout comme les autres élus du bureau fédéral du Parti pirate, Johannes Ponader n'est pas rémunéré pour ses activités politiques. Mais contrairement aux autres, qui ont un job à côté, ce comédien et pédagogue de formation, âgé de 35 ans, vivait de l'aide sociale lorsqu'il a été élu. C'est lui-même qui l'a révélé lors d'une interview à la télévision, quelques jours après son élection, expliquant qu'il ne vivait pas complètement de son activité d'artiste. Défenseur du revenu de base universel, ce Berlinois explique pouvoir vivre avec moins de 1000 euros par mois.

Comment peut-on à la fois diriger un parti et toucher l'aide sociale? Cette révélation a causé beaucoup de tort au Parti pirate, ravivant le débat sur sa légitimité politique, et semé le trouble chez ses membres.

Les services d'aide sociale ont fini par signifier cet été à Ponader qu'il ne répondait plus aux critères d'attribution, eu égard au temps qu'il consacrait à son activité politique. En réponse, Ponader s'est fendu en juillet d'une tribune publiée dans le Frankfurter Allgmeine Zeitung, intitulée «Je pars», dans laquelle il concluait: «Je quitte l'emploi, afin d'être libre. L'agence pour l'emploi. Pas mon emploi de directeur politiqueChez les Pirates, la pilule a du mal à passer, comme l'explique le Tageszeitung:

«Johannes Ponader est depuis un certain temps critiqué ouvertement par ses collègues du bureau fédéral. Le fait qu'il mette en scène son renoncement à l'aide sociale et qu'il collecte des dons personnels pour assurer sa subsistance a été très mal pris

En témoigne la guerre 2.0 que se livrent les Pirates à coup de posts énervés sur leurs blogs et de tweets enflammés. À l'instar de Sebastian Nerz, membre lui aussi du bureau fédéral, qui lançait hier sur Twitter:

«Il n'a rien –mais absolument rien– compris. ZÉRO. NADA. RIEN. C'est incroyable. Tout simplement *rien du tout*. Énorme

Malgré les injonctions de ses camarades à «prendre un job chez MacDo» ou à quitter son poste, comme le rapportait le Spiegel fin août, Ponader s'accroche. Et c'est donc les autres qui quittent le navire. Pour le Zeit, cette guéguerre intestine est la preuve flagrante que les Pirates ont échoué à se démarquer des partis traditionnels:

«Derrière ces récents retraits se cachent en fait les mêmes classiques et acharnées luttes de pouvoir, comme on les connaît depuis toujours chez les autres partis. La seule différence, c'est que les Pirates mènent ces luttes de pouvoir de façon encore plus désinhibée et ouverte.»

Annabelle Georgen
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Journaliste
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